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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

le Mythe de la Guerre-Eclair, de Karl-Heinz Frieser.

La défaite française de 1940 reste un tabou fort dans notre mémoire collective. Alors qu'elle semble au faîte de sa puissance, la France chute brutalement face à l'Allemagne. Quelques semaines seulement suffisent pour voir la IIIe République sombrer et laisser la place à l'une des périodes les plus noires de notre de Histoire. Personne n'aime se remémorer ses pires défaites, d'où une méconnaissance de cette campagne militaire aux enseignements pourtant passionnants.

Du côté français, le livre à lire reste incontestablement l'Etrange Défaite. Marc Bloch, historien mobilisé comme officier dans l'armée de terre, livre un témoignage de première main sur les causes de la défaite française.

L'autre livre qui nous intéresse ici est allemand. Ecrit par Karl-Heinz Frieser, un officier-historien de la Bundeswehr, le Mythe de la Guerre-Eclair constitue une référence en Histoire militaire sur la campagne de 1940. L'idée maîtresse du livre est que la Blitzkrieg comme stratégie et doctrine tactico-opérative a été mythifiée et que les premiers surpris par le succès de la campagne de mai 1940 ont été les Allemands eux-mêmes.

La démonstration est rigoureuse, claire. L'écriture surmonte le piège d'un ouvrage trop technique. Les cartes sont nombreuses et précises. Le principal reproche que je fais au livre concerne la traduction. Celle-ci se montre au contraire plusieurs fois imprécises. La qualité de l'ouvrage reste cependant entière. On se transporte sans peine à Sedan en première ligne sous le feu français et allemand ou bien dans la tête des principaux décideurs militaires. Loin d'être une promenade de santé et un succès garanti d'avance, l'offensive allemande a été le théâtre de tensions extrêmes entre généraux allemands "traditionnalistes" et "progressistes", de coups de chance incroyables mais aussi la confrontation de mentalités militaires écartelées entre deux guerres mondiales. Le livre démonte plusieurs mythes tels que celui d'une supériorité numérique et technique de la Wehrmacht sur les armées alliées. Au-delà de l'aspect purement factuel des événements, le livre recèle de nombreuses leçons sur le commandement, notamment dans le contraste entre les systèmes de commandement français et allemand. Face aux alliés, les Allemands détenaient la supériorité tactique. C'est ce qui a fait la différence sur le champ de bataille. Les généraux français, issus de l'armée victorieuse de 1918, alors en pointe dans les domaines tactiques et techniques, n'ont su se remettre en cause et sont restés sclérosés. Réflexion et lucidité doivent être permanentes.

Le Mythe de la Guerre-Eclair ne doit cependant pas nourrir le déclinisme qui semble s'emparer de certains. Il ne faut pas opposer de manière schématique des Français dépassés à des Allemands naturellement supérieurs. Chaque camp a possédé ses novateurs et ses individus en décalage complet. Fondée sur le quitte ou double, la stratégie hitlérienne devait fatalement déboucher sur la guerre. Le va-tout joué par les Allemands en mai 1940 n'est que le prolongement de cette stratégie. Face à des puissances alliées supérieures sur les plans industriel et économique, l'Allemagne ne pouvait tenir indéfiniment. Bercé d'illusions par son succès inattendu en France, le Troisième Reich a cru détenir la solution miracle pour vaincre et s'est jeté la tête la première dans le pire scénario pour l'Allemagne en guerre : un conflit sur deux fronts. L'invasion de l'URSS en 1941, Blitzkrieg planifiée à l'inverse de celle de mai 1940, ne pouvait réussir. Faute de s'être remis en cause et d'avoir analysé finement les causes et conséquences de sa victoire en France, les Allemands ont précipité leur chute. En cette période où le déclinisme est de mode, il est bon de se rappeler qu'aucune solution ne peut être miracle et que nos ennemis commettent tôt ou tard des erreurs. A nous de réfléchir afin que jamais Sedan ne se répète.

Lu en mars 2016.

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