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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Compagnie K, de William March.

C’est un roman à la forme originale que j’ai terminé la semaine dernière. La Grande Guerre a légué à la littérature le Feu, les Croix de Bois, A l’Ouest rien de nouveau, Orages d’Acier, etc. Œuvres françaises et allemandes mondialement connues, incontournables pour celui qui s’intéresse à cette période, elles ne doivent pas éclipser d’autres pans de cette littérature de guerre dont Compagnie K fait partie. La participation américaine à la Première Guerre mondiale est assez méconnue. Pourtant, entrés en guerre tardivement en 1917, les Etats-Unis levèrent une armée de 4 millions d’hommes dont 110 000 ne revinrent jamais. Les « sammies », comme ils furent surnommés, prouvèrent rapidement leur valeur et leur courage lors de violents combats dont les noms résonnent encore dans la mémoire américaine : le Bois Belleau, les Eparges, Saint-Mihiel.

Engagé volontaire dans les volontaires, décoré après la bataille du Bois Belleau, William March fait partie de ces millions de vétérans hantés par l’expérience des tranchées. Comme beaucoup d’autres, l’écriture fut une tentative de restituer ces heures et ces jours exceptionnels. Intitulé Compagnie K, le roman de William March suit une compagnie complète de US marines durant la guerre. Articulé en très courts chapitres de 2 ou 3 pages, le livre donne la parole aux 113 officiers, sous-officiers et soldats de la compagnie. A l’entraînement, au front, au repos, après la guerre, lâche, courageux, simple, drôle, tragique, fou, sympathique, chacun livre au lecteur une facette différente de la guerre. Le rythme est enlevé, les histoires s’enchaînent. Le lecteur traverse la guerre à grâce à ces dizaines de paires d’yeux différentes. L’auteur touche ici à une réalité des armées : la vie et la mort s’organisent autour d’un groupe composé d’individus en interaction permanente. L'horizon d'un soldat et ses relations avec d'autres soldats se limitent généralement à sa compagnie. Chaque chapitre est ainsi lié aux autres, dans un jeu de miroir, à l’instar du quotidien d’une compagnie réelle. L’emploi de la première personne pour chaque individu fragmente le récit en une centaine de sujets différents qui se juxtaposent, s’opposent, agissent ensemble. La compagnie, groupe organisé rationnellement pour un maximum d'efficacité sur le champ de bataille, prend la forme d'un corps vivant. La centaine de subjectivités qui font le roman conserve son unité. Le lecteur ne se contente pas de suivre des individus dans la guerre. C'est également dans la guerre de la compagnie K qu'il est embarqué. Pour qui a vécu le fonctionnement d’une compagnie, l’œuvre, au-delà de la puissance de l’écriture dans sa description de tous ces hommes aux natures bien différentes, n’en prend que plus de force. Nous vivons une guerre cruelle, sans glorification ni pacifisme (1). Simplement la guerre que peuvent vivre une compagnie et tous ceux qui la composent, pour le meilleur et pour le pire.

Je note deux histoires particulièrement touchantes, que je laisserai au lecteur éventuellement intéressé le soin de découvrir, il les reconnaîtra : celle de la médaille et celle du soldat inconnu.

Juillet 2016. A lire.

(1) William March s’est toujours défendu de livrer un message antimilitariste, se contentant de raconter sa vérité.

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