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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Guns of August, de Barbara Tuchman.

Relativement méconnu, Guns of August, de Barbara Tuchman, fut publié une première fois en 1962. Il assura à son auteur le prix Pulitzer. Sa republication récente (en anglais) fut à l’origine d’une heureuse découverte.

Guns of August est un livre d’histoire qui se concentre sur le mois d’août 1914. Pourquoi août 1914 ? Alors que la Grande Guerre a légué à la mémoire collective les tranchées, Verdun ou la Somme, que 1914 est surtout connue pour la bataille de la Marne, l’ouvrage se borne au huitième mois de l’année. La thèse de Barbara Tuchman est que le destin du XXe siècle a été scellé durant ce premier mois. La suite de la guerre, les décennies qui ont suivi le premier conflit mondial ont été forgées par août 1914.

Pour comprendre août 1914, il faut néanmoins remonter quelques années auparavant. Notamment lors des funérailles du roi de Grande-Bretagne, Edouard VIII, qui ouvrent magistralement Guns of August. La procession de neuf souverains présente le dernier visage d’une Europe en paix. Les rivalités entre grandes puissances et la course aux armements fait monter la tension. La guerre semble inéluctable et chacun s’y prépare. Toutes s’attendent cependant à une guerre courte terminée en quelques mois. Aucune ne se prépare à l’alternative la plus difficile : une guerre longue et meurtrière.

L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand met le feu aux poudres. L’Europe marche à la guerre. Ce sont les alliances et les garanties qui déclenchent l’engrenage infernal. Nous suivons donc Barbara Tuchman dans les chancelleries et états-majors européens, dans le secret des plans de guerre. Rapidement, la question de la Belgique devient centrale. Le plan allemand prévoit la traversée de ses frontières afin de déborder les armées françaises par le nord-est. La violation du territoire belge impliquerait cependant une entrée automatique de la Grande-Bretagne dans le conflit. L’Allemagne hésite mais le poids d’années de planification minutieuse du plan Schlieffen l’emporte. « Une fois établi, cela ne peut être changé » justifie la soumission du politique au militaire, y compris au prix d’une guerre sur deux fronts et l’entrée en guerre de la première puissance navale mondiale. A l’inverse, la France s’attend et espère même la violation de la Belgique. Seule l’ampleur de la manœuvre allemande constituera une surprise. « Quelle est la plus petite assistance que nous pouvons vous donner ? » demande un général britannique à Foch. « Un seul soldat, et nous veillerons à ce qu’il soit tué ». Réelle ou pas, cette citation résume l’attention portée par la France à l’intervention de son allié britannique. A l’inverse des Allemands qui s’élancent dans les plaines de Belgique, la France recule ses troupes de 10km depuis la frontière, calculant ainsi un risque militaire en fonction de son effet politique.

Quelques jours plus tard, le monde s’embrase et l’échiquier mortel est en place. La violation de la Belgique, la poursuite du Goeben et du Breslau (événement dont est témoin Barbara Tuchman, à peine âgée de deux ans), le désastre russe de Tannenberg (qui indirectement cause la victoire française de la Marne), etc. Les événements s’enchaînent, dans une suite de causes à effets. Le Royaume-Uni entre en guerre. L’arrivée triomphale des navires allemands à Constantinople entraîne à terme l’alliance de l’Empire ottoman avec les Puissances centrales. L’offensive russe en Prusse orientale a prélevé deux corps allemands en France qui manqueront sur la Marne. Un mois après le début de la guerre, les lourdes pertes subies par les belligérants alimentent leur détermination à vaincre. Plus ils s’investissent dans la guerre, plus ils deviennent déterminés et attendent des gains à la hauteur.

Lorsque qu’après des millions de morts arrive l’heure des traités, aucun n’en ressort satisfait. Nous payons encore, cent ans après, les conséquences du mois d’août 1914. Les frontières des pays d’Europe centrale sont héritières de la Première Guerre mondiale. L’URSS a existé car le tsarisme n’a pas survécu à la guerre. Plus récemment encore, l’abolition des frontières issues des accords Sykes-Picot de 1916 constitue l’un des slogans de l’Etat islamique.

Dans un style fluide, vivant, agréable (et rédigé dans un anglais clair), Barbara Tuchman nous livre une leçon d’Histoire. Le présent est fils du passé. Souvenons-nous en pour l’avenir.

Juin 2016. A lire.

Guns of August, de Barbara Tuchman.
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