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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

La Mort des Césars, de Joël Schmidt.

Les dernières semaines écoulées m’ont permis d’achever deux livres, très différents par leur nature et leur objet. L'un est le premier tome d’une suite romanesque de fantasy, le Annales de la Compagnie noire ; le second s’intitule la Mort des Césars, dont il est question ci-dessous.

  • Transmettre le pouvoir à Rome

Ecrit par Joël Schmidt, historien spécialiste de l’Antiquité, cet ouvrage historique se penche sur les derniers jours ou dernières heures des empereurs romains (et de leur précurseur dont le nom devint un de leurs titres : Jules César). Le thème pourrait être morbide. Il n’en est rien. La biographie d’Auguste, de Frédéric Hurlet (1), décrivait de manière remarquable la nature si particulière du régime impérial romain et ouvrait de nombreuses pistes de réflexion sur le pouvoir. La Mort des Césars prolonge cette réflexion car son thème porte sur un point précis du pouvoir sous l’Empire romain : sa transmission. Contrairement aux monarchies européennes où la transmission dynastique et héréditaire est la règle quasiment partout, l’Empire romain ne s’est jamais donné de lois de succession. Dans l’esprit d’Auguste et ses successeurs, il s’agissait initialement de donner le pouvoir au plus méritant. Les tentatives d’établir de nouvelles dynasties se sont noyées dans le sang en quelques générations. Le meurtre et l’usurpation sont devenues les clés d’un pouvoir dont l’étendue a coïncidé avec son caractère éphémère. Comme le note Joël Schmidt dans son introduction, trois-quarts des empereurs romains sont morts assassinés.

  • Un livre aux formes multiples

Le livre se découpe en autant de chapitres qu’il y eut d’empereurs. Il exclut, à partir du IVe siècle après Jésus Christ, les empereurs romains d’Orient pour se concentrer uniquement sur ceux d’Occident. Les usurpateurs ou bien les empereurs aux règnes trop éphémères pour léguer leur règne à la postérité ne sont pas traitées non plus. Autre choix de l’auteur, le premier César à mourir ne fut pas à proprement parler empereur romain. Sa mort violente et spectaculaire, élément déclencheur des guerres civiles qui mènent au Principat, et sa domination sur l’Etat romain en font cependant un précurseur des empereurs. Les chapitres sont plus ou moins longs selon la richesse des sources dont les historiens disposent. La mort d’Auguste, largement documentée et mise en scène, occupe plusieurs pages. Celles des empereurs vivant au dernier siècle de l’empire ne dépassent pas pour la majorité une page. La forme des chapitres varie également. Une partie adopte un style lapidaire et expédie ad patres le sujet du chapitre en quelques lignes. Une autre se veut plus vivante, romance la mort de ces empereurs par des dialogues, une narration subjective ou épistolaire. L’auteur explique vouloir éviter la monotonie dans l’enchaînement des chapitres. La richesse de l’Histoire romaine et de ses empereurs écarte à elle seule toute monotonie.

  • Humaniser le pouvoir

Joël Schmidt écrit dans son introduction qu’il souhaite humaniser ces figures historiques par une forme romanesque et l’usage du monologue. Je ne suis pas entièrement d’accord avec lui. Romancer n’est pas synonyme d’humanisation et de vivant. Les écrits historiques de Tite-Live ou Plutarque peignent parfaitement l’humanité et la vie des Anciens. Comme je l’ai écrit plus haut, le véritable mérite de la Mort des Césars n’est pas stylistique mais thématique. Paradoxalement, la mort n’est-elle pas l’une des expériences humaines les plus riches ? L’étendue du pouvoir impérial offre aux empereurs une immense puissance sur le monde connu antique. En un instant, l’oeuvre d’une vie bascule ou non dans la postérité. L’étendue du pouvoir impérial offre aux empereurs une immense puissance sur le monde connu antique. Voici ce qui rend véritablement les Césars véritablement humains : la confrontation à cet instant de vérité. Quel héritage légueront-ils au monde ? Leur mort élèvera-t-elle ou non leurs règnes ? Néron meurt seul et désespéré après avoir cédé au matricide. Tacite, empereur éphémère et obscur homonyme du célèbre historien, est assassiné au terme d’un règne court mais énergique. J’ai préféré les biographies les plus brèves car elles laissent justement le plus de place aux réflexions et questionnements. Tandis que les plus grands empereurs voient leurs noms gravés dans le marbre de la postérité, elles ramènent à la vie ces autres empereurs mineurs, laissés sur le bas-côté de l’Histoire, dont les noms n’apparaissent plus que sur la liste des empereurs romains. Et pourtant, ils ont vécu et régné.

  • Conclusion

La Mort des Césars se lit très bien. La progression est fluide et agréable. La liste des empereurs qui défilent accompagne la décadence et la chute de l’Empire romain. La thématique ne sombre pas dans le morbide mais ouvre au contraire une réflexion sur la vie et ses accomplissements. Le titre d’empereur accorde à son détenteur une position exceptionnelle dans le monde antique. Sa mort, violente ou naturelle, le ramène à la stature mortelle de ses contemporains. Le pouvoir semble alors bien faible et dérisoire. Reste la postérité, l’ultime recours, dont Saint-Juste livre une magnifique définition à l’approche de la mort : « je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle. On pourra persécuter et faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux. »

Janvier 2016. Une lecture intéressante.

(1) Auguste, de Frédéric Hurlet

 

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