Le Roman de Lauzun, de Saint-Simon

Publié le par hogass_1864

Beaucoup de choses peuvent être dites sur les réseaux sociaux et leurs effets pervers. Mais il ne faut pas oublier que cet aspect social ouvre justement de nombreuses occasions de riches échanges. L’une de mes dernières lectures est le fruit de l’un de ces échanges. J’avais eu déjà eu entre les mains la passionnante traduction par Nicolas Ghiglion de la Guerre de Jugurtha, de Salluste. Il y a quelques semaines, j’ai eu le privilège de recevoir son dernier projet : le Roman de Lauzun, recueil d’extraits des Mémoires de Saint-Simon, tout juste publié par les éditions de l’Herne.

Jusqu’à maintenant, mes lectures de Saint-Simon se limitaient à l’étude de quelques extraits de ses mémoires au lycée. Son oeuvre constitue pourtant un monument de la littérature française, un régal d’anecdotes et de témoignages sur la cour de Versailles. Maître du portrait et récit, Saint-Simon a légué à nos yeux de lecteurs des pages et des pages sur le monde courtisan de l’Ancien Régime. 

Le choix de Nicolas Ghiglion de réunir dans un même ouvrage les extraits se rapportant à la vie du duc de Lauzun place dans nos mains le récit des frasques d’un courtisan, beau-frère du mémorialiste. A la fois ignoble et attachant, croqué à la fois par La Bruyère et Saint-Simon (attirer sur soi l’attention de deux grands auteurs français, si peu de choses…) Lauzun eut en effet une vie invraisemblable : « il n’était pas permis de rêver comme il a vécu » écrivit le moraliste du Grand Siècle, cité par Saint-Simon. Favori du roi, embastillé, puis à nouveau au premier rang des courtisans du monarque, ce personnage savoureux vogue d’aventures en scandales (allant jusqu’à se cacher sous le lit durant les ébats de Louis XIV avec madame de Montespan, pour ensuite provoquer frontalement cette dernière le lendemain). 

L’aspect quasi-romanesque de sa vie, narrée par Saint-Simon, justifie largement le titre de l’ouvrage. Le Roman de Lauzun est, comme l’écrit Nicolas Ghiglion dans sa préface, l’histoire d’une rencontre entre un homme de récit et un homme d’action. Saint-Simon déploie son art du portrait et du récit tout au long de ces pages rassemblées dans ce petit ouvrage. Des extraits des Caractères de La Bruyère et de la Correspondance de madame de Sévigné complètent ce portrait du duc. Tel fut le duc de Lauzun, raconté par le duc de Saint-Simon. 

Un savoureux moment de lecture, fruit de la plume d’un grand écrivain mais aussi du travail acharné de l’un de ses admirateurs. 

Janvier 2019. 

Publié dans Littérature

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