La Légion arabe de 1917, de Julien Monange

Publié le par hogass_1864

Parmi mes douze acquisitions à Livre Paris 2019 figure la Légion arabe de 1917, de Julien Monange, saint-cyrien, officier de l’Armée de Terre et historien militaire. Son livre me faisait de l’œil depuis quelques semaines. La rencontre inopinée avec Julien Monange sur le stand Armée de Terre du salon du livre et sa proposition de me dédicacer son ouvrage m’ont fait craquer sur l’achat. De quoi s’agit-il ? Au Moyen-Orient en 1917, alors que les accords Sykes-Picot partagent l’Empire ottoman entre la France et le Royaume-Uni, ces mêmes diplomates tombent d’accord sur la création d’une unité militaire arabe. Cette Légion arabe n’aura qu’une existence éphémère et et reste encore largement dans l’oubli. Nous sommes loin du récit d’opérations militaires. Le cœur de l’ouvrage réside dans le processus de création et de formation de la Légion arabe. Dans un livre à découvrir et passionnant (je l’ai dévoré en vingt-quatre-heures), l’auteur nous emmène aux côtés des guerriers du désert. 

La première caractéristique de la Légion arabe est d’être une unité militaire à vocation politique. Conçue par des diplomates afin de cimenter l’unité arabe, alors en pleine émergence, face aux Ottomans, cette légion doit renforcer les forces du Royaume du Hedjaz, principalement constituées de Bédouins irréguliers. Plusieurs facteurs rendent d’emblée cette idée bancale. Tout d’abord les projets divergents de Paris (qui, se considérant comme une « grande puissance islamique », souhaite d’abord s’implanter au Levant, à qui la rattache des liens historiques et culturels forts) et de Londres (dont la priorité est la défense de la route des Indes). De plus, du côté français, le ministère de la Guerre est mis devant le fait accompli de la création de la Légion arabe et ne soutient les efforts du ministère des Affaires étrangères que du bout des lèvres. Chez les Britanniques, le rôle écrasant de Lawrence d’Arabie, qui s’arroge une place exclusive aux côtés des dynastes arabes hachémites, complique également la tâche. Qui commandera cette unité ? Qui l’instruira ? Comment et où recruter les légionnaires arabes ? Où et comment l’engager ? Ces questions seront difficilement, voire pas, résolues et mèneront à l’échec final du projet Franco-britannique. En 1918, après quelques mois d’instruction et d’éprouvants efforts pour former et discipliner les volontaires, l’unité rejoint l’armée arabe du Hedjaz et s’y dissout en quelques semaines. 

De nombreux témoignages d’officiers et diplomates occidentaux permettent de retracer le récit de cet échec. Ce dernier cristallise les divergences entre Français et Britanniques concernant l’Orient. Il fournit également un exemple concret d’une unité à vocation non tactico-opérative mais politique, dont l’efficacité militaire fut à peu près nulle. Il présente également plusieurs parcours atypiques, le premier étant celui de Louis Massignon. Islamologue et orientaliste mobilisé, avatar français de Lawrence d’Arabie. Le récit de la Légion arabe permet de se rendre compte que le célèbre militaire et aventurier britannique ne fut pas le seul à œuvrer au Moyen-Orient durant la Première Guerre mondiale. Enfin, ce livre ouvre un parallèle intéressant avec les conflits actuels, où, comme en Irak actuellement, nos militaires forment et entraînent des unités locales. Quels enseignements peut nous apporter l’histoire de la Légion arabe ? 

Mars 2019

 

A lire. Mars 2019

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