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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Survivre, c’est vaincre, de Cédric de Penfentenyo

L’Ecole de Guerre, historiquement l’un des principaux foyers intellectuels militaires français, édite désormais ses propres ouvrages afin de donner la parole à ses officiers. Survivre, c’est vaincre, acheté au salon du livre de Paris de 2019, est le premier que je lis. Portant sur les milices loyalistes en Syrie, ce livre étudie un pan peu connu de la guerre civile syrienne : la façon dont le gouvernement de Bachar Al Assad a compensé sa faiblesse militaire et échappé à l’effondrement.

Avant d’entamer le cœur de son ouvrage, Cédric de Penfentenyo revient sur la Syrie d’avant-guerre, les caractéristiques du régime et l’éclatement de la révolution en 2011. Face aux manifestants qui défilent chaque semaine dans les rues, le pouvoir choisit la force. Alors que l’opposition armée gagne du terrain, l’appareil militaire syrien, miné par le népotisme, les désertions et une doctrine tournée vers la guerre extérieure est en passe de s’écrouler. Afin de soulager son armée, l’Etat confie la défense de zones à des milices. Recrutées le plus souvent sur une base locale et confessionnelle, ces milices offrent l’avantage de disposer de combattants plus motivés que les conscrits de l’armée régulière. Le recrutement homogène permet une meilleure cohésion des milices qui sont également plus déterminées à défendre leurs biens et leurs villages. Le recrutement confessionnel permet en outre d’arrimer solidement certaines minorités (Alaouites, chrétiens, Druzes, etc) à Damas. 

Afin de garder la main sur ces milices et limiter le morcellement des groupes armés, le gouvernement crée les Forces de Défense nationale (FDN) qui regroupent les milices subordonnées à l’Etat. Entraînés spécifiquement pour le combat en zone urbaine, équipés par les alliés russes et iraniens, les miliciens deviennent un outil indispensable pour le régime. Ici se joue l’équilibre d’après la guerre. Si Bachar Al Assad finit par l’emporter sur le plan militaire, qu’en sera-t-il de ces milices ? La fin du monopole de la violence habituellement détenu par l’Etat a ouvert la voie à de nombreuses possibilités d’enrichissement pour ces milices et leurs chefs. Comme l’analyse l’auteur, la paix s’annonce plus difficile que cette guerre terriblement sanglante. Le Liban des années 1980 constitue un exemple éloquent d’un pays divisé sur le plan confessionnel et abandonné aux mains de milices (sans que l’Histoire soit pour autant amenée à se répéter). Financées et équipées par les Iraniens, les milices sont ainsi susceptibles de se transformer en instruments de violence aux mains exclusives de seigneurs de guerre face à un État et une armée affaiblis par des années de guerre.

Court mais clair, cet ouvrage offre quelques pistes de réflexion stimulantes sur le futur de la Syrie, point chaud des ambitions géopolitiques au Moyen-Orient. Il éclairera tout lecteur curieux sur un aspect méconnu de cette guerre. 

Avril 2019.

 

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