Un Eté en enfer, Napoléon III dans la débâcle, de Nicolas Chaudun

Publié le par hogass_1864

Il y a quelques mois, j’avais noté la référence de ce petit livre après l’avoir remarqué dans un magazine. J’ai profité d’un aller-retour en train à Paris pour en entamer (et terminer) la lecture. L’Eté en enfer, Napoléon III dans la débâcle, de Nicolas Chaudun s’intéresse en 180 pages à la fin de règne du second empereur des Français, dont la défaite et la capture par les Prussiens sonna le glas de l’Empire. 

J’ai eu du mal à catégoriser ce livre écrit par Nicolas Chaudun, éditeur, auteur, réalisateur. Est-ce rigoureusement un ouvrage historique ? L’auteur s’appuie sur une solide bibliographie mais je connais moi-même trop peu la période pour faire une analyse critique serrée. Peu importe à vrai dire. Le plaisir de la lecture est présent dès les premières pages et Nicolas Chaudun cherche moins à décortiquer et analyser les faits, causes et conséquences qu’à nous placer sur les traces de Napoléon III. Il ne s’agit pas d’une Histoire de la Guerre franco-prussienne ou du Second Empire mais d’un récit historique, celui du calvaire d’un homme tourmenté par la maladie et entraîné dans un engrenage qui mettra pitoyablement et définitivement fin à l’ère impériale en France. A ce titre, l’ouvrage est très bien pour une première approche de la période. La bibliographie offre d’autres sources pour qui s’intéressent davantage à la période. 

Un Eté en enfer se dévore grâce aux talents d’écrivain de Nicolas Chaudun. Son texte met habilement en scène le crépuscule du règne, tel cet extrait : « […] est encadré de près par les dépositaires dynastiques de la gloire du « grand » Empire. Rien que des noms, ceux-là, scandés comme un talisman au matin des combats. Se trouvent là Edgar Ney, que ses compagnons appellent Moskowa […] ». S’appuyant sur les mémoires d’acteurs et témoins de l’époque, il maintient son récit par des dialogues restitués ou bien des extraits (je me suis délecté en lisant celui des mémoires du cousin Plon-Plon sur le supplice de la soupière infligé à Mac-Mahon. La fluidité du style nous emmène en quelques heures à l’épilogue. Déjà ? se dit-on en arrivant au terme du récit. 

Nicolas Chaudun revient à juste titre sur la mémoire de 1870 (et par extension du Second Empire sur qui s’est étendu l’opprobre de la défaite). Il accompagne un mouvement historiographique plus large qui vise justement à la réhabilitation de cette période de notre Histoire. Dans cette mémoire, une personne l’intéresse plus particulièrement : Napoléon III. Le récit d’un Eté en enfer nous dévoile un empereur dépossédé. Paralysé moralement et physiquement par la maladie, Napoléon III n’est guère plus qu’un hochet encombrant que ses proches et ses généraux tentent chacun de se renvoyer. Il n’y a guère de majesté dans les derniers mois de l’Empire. Là où son oncle acquiert grâce à la dimension apocalyptique de Waterloo et Sainte-Hélène une légende tragique digne d’un martyre, Napoléon III apparaît plus grotesque qu’autre chose. En quelques mois, le voici passé du rang de souverain impérial reconnu et respecté à celui de captif déchu et méprisé. La souffrance intérieure, affrontée stoïquement par l’empereur, apparaît à chaque page. Peut-être trop, me suis-je dit. Non. En réalité, comme Napoléon III, nous en venons à vivre avec cette douleur insoutenable, « cette pelote d’aiguilles dans le ventre ». La souffrance devient obsédante, comme elle l’était pour le neveu de Napoléon Ier.  Elle pèse sur ces pages comme elle devait peser sur son corps et son âme. Il cherche la mort sur le champ de bataille. Il ne trouve que la déchéance, la captivité et l’exil. Ainsi s’achève le règne du dernier monarque français. 

Septembre 2019. A lire. 

 

Publié dans Histoire, Second Empire

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