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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Le Service d’Etat-Major pendant les Guerres du Premier Empire, du lieutenant-colonel de Philipp

Publié en 1900, le Service d’Etat-Major pendant les Guerres du Premier Empire, du lieutenant-colonel de Philipp, a été réédité en 2002 à 1000 exemplaires dans le cadre d’une Collection du Bicentenaire de l’Epopée impériale, créée par les Éditions historiques Teissèdre, aujourd’hui disparu. Je suis parvenu à trouver sur internet un exemplaire neuf encore emballé sous plastique. Cette trouvaille m’a permis de me plonger dans un thème aride mais pourtant indissociable des gloires militaires du Premier Empire. 

La planification et de conduite des opérations est dans les armées contemporaines est un processus fortement cadré et normé. Le rôle de chacun, chaque procédure, chaque étape, est clairement défini. Des stages spécifiques forment les officiers au travail au sein d’un état-major. Les structures d’état-major au niveau interalliés sont conçues afin de délivrer à différentes armées la capacité d’agir en interopérabilité. Le rôle d’un état-major est essentiel dans la mesure où il s’agit de permettre à une force de mener ses opérations de manière coordonnée dans un environnement incertain face à un ennemi. Sans état-major, le command and control est inexistant. Cent mille soldats n’auront aucune utilité s’ils sont mal dirigés et ne reçoivent aucun ordre. Le rôle d’un état-major est d’obtenir le maximum de rendement d’un potentiel militaire brut. Aujourd’hui, la numérisation de l’espace de bataille vise à restreindre au maximum les délais de diffusion des informations, et donc raccourcir la boucle décisionnelle en vue de la victoire. Ce livre, écrit dans le contexte de la Revanche (les références au Grand Etat-Major allemand en conclusion le montrent clairement), remet en perspective la façon dont s’est construit ce processus. Il démontre également qu’au-delà de la légende napoléonienne et de la gloire tirées des grandes victoires impériales, il existe tout un appareil administratif et militaire, héritage de l’Ancien Régime, perfectionné par la Révolution et l’Empire, dédié au succès des armes de la France. 

Le thème confronte le lecteur à un aspect peu éclatant de l’Histoire des guerres napoléoniennes, un univers d’hommes de l’ombre, œuvrant dans l’anonymat. La démultiplication des effectifs des armées durant les guerres de la Révolution et de l’Empire exige un outil rigoureux et efficace afin de permettre le maniement sur le terrain de telles masses d’hommes. Par-dessus les structures pré-existantes de l’Ancien Régime se construisent de nouvelles fonctions et organisations, mises en forme par divers règlements et manuels, dont le plus célèbre est celui du général Thiébault, qui reste en vigueur durant tout le Premier Empire et une partie de la Restauration. L’auteur étudie chaque aspect, chaque fonction du service d’état-major dans l’armée impériale, similaire à chaque niveau (armée, corps d’armée, division, etc). Les différentes fonctions (chef d’état-major, aide de camp, officier d’ordonnance, etc) sont énumérées et définies. La double fonction à la fois administrative et opérationnelle d’un état-major (rédaction, gestion, la manière dont sont faites faites les reconnaissances, transmissions des ordres, liaisons entre les états-majors, etc.) apparaît clairement. C’est tout une chaîne hiérarchique qui se dessine, de l’Empereur jusqu’aux états-majors divisionnaires. L’auteur s’appuie sur de nombreux témoignages (maréchaux, chefs d’état-major, officiers ou aides de camp) pour illustrer son étude. Les personnes familières avec le fonctionnement actuel de nos armées seront à peine surprises de la similitude sur plusieurs points avec les armées napoléoniennes. Notre époque n’a rien inventé et le besoin d’être renseigné et informé en permanence, de voire les ordres et comptes-rendus diffusés au plus vite, a toujours été vital pour une armée. 

Il ne faut pas croire que le service d’état-major est dissocié du combat. Le travail est éreintant. Les chefs d’état-major eux-mêmes peuvent être envoyés au cœur de l’action si les circonstances l’exigent. De plus, la volonté de Napoléon de faire alterner temps en corps de troupes et temps en état-major (n’est-ce pas d’ailleurs toujours le parcours habituel pour un officier aujourd’hui ?) mène ces officiers d’un état-major à un régiment et vice-versa. Ce parcours stimule l’avancement et d’anciens officiers d’état-major accèdent à des commandements divisionnaires, voire obtiennent leur bâton de maréchal (Victor, maréchal d’Empire en 1807, était auparavant le chef d’état-major du maréchal Lannes). 

Précis et complet, parfois fastidieux à lire lorsque le lieutenant-colonel de Philipp détaille certains points du service d’état-major, cet ouvrage éclaire un pan essentiel de l’Histoire des guerres napoléoniennes : l’ensemble des rouages qui ont permis à l’armée française de devenir une formidable machine de guerre, quasiment invaincue durant près de quinze ans. Le seul regret provient de la rareté de ce livre.

Octobre 2019.

 

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