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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Les Ministres de Napoléon, de Thierry Lentz

Prolifique historien spécialiste du Premier Empire, Thierry Lentz s’est livré à une petite étude des ministres de Napoléon. Réputé pour sa pratique omnipotente du pouvoir, sa puissance extraordinaire de travail, son souci des plus infimes détails, l’Empereur est pourtant loin d’avoir mené un exercice solitaire du pouvoir. C’est ce que démontre Thierry Lentz dans ce livre court, rapide et simple à lire mais très éclairant sur le fonctionnement de l’appareil d’Etat dans les années qui suivent la Révolution française, fonctionnement dont nous ressentons encore aujourd’hui l’héritage.

 

L’étude de Thierry Lentz passe sans transitions d’une partie à une autre sans que cela soit dommageable pour la lecture de l’ouvrage. Il ne s’agit pas de faire le récit d’un ou plusieurs événements mais d’analyser le fonctionnement des cercles rapprochés du pouvoir napoléonien. Tableaux comparatifs, résumé de l’organisation des différents ministères (déjà articulés en « divisions » / directions générales subordonnées au ministre), place des ministres dans la nouvelle hiérarchie sociale de la France napoléonienne (honneurs et gratifications). En plus de 280 pages bien écrites et claires, Thierry Lentz brosse un portrait éclairant du gouvernement consulaire et impérial.

 

Militaire de formation, connu pour ses éclatantes victoires, apparaissant dans notre imaginaire toujours revêtu de son uniforme vert des chasseurs à cheval de la Garde, Napoléon n’a pas gouverné et régné par le biais d’une dictature militaire. Au contraire, après le coup d’Etat du 18 Brumaire, les institutions du Consulat et l’Empire fonctionnent d’après des textes constitutionnels définissant clairement le rôle de chacun (tout en étant taillés sur mesure pour Napoléon). Concentrant entre ses mains tout le pouvoir exécutif face à un pouvoir législatif soigneusement divisé par la constitution, le Premier Consul, puis Empereur, est le gouvernement de la France. Ses ministres ne constituent pas un cabinet au sens parlementaire du terme, responsables devant les chambres. Seul le chef de l’Etat décide de leur sort, nommant et révoquant à souhait ses ministres. La façon dont il se débarrasse des ministres écartés montre bien que, malgré son autoritarisme, Napoléon soigne son équipe gouvernementale. Tout comme les titres, pensions et même les honneurs funèbres (les ministres morts durant le règne napoléonien furent panthéonisés) qu’il leur accorde. Les analyses et les données se succèdent, tout aussi intéressantes les unes que les autres. Second Consul puis prince-archichancelier de l’Empire, ancien conventionnel régicide, Cambacérès se hissa ainsi au sommet de l’Etat, « moins qu’un numéro un, plus qu’un numéro deux ». Ministre des Finances sans interruption de 1799 à 1814, puis à nouveau en 1815 durant les Cent-Jours, Gaudin détient le record de longévité à la tête d’un ministère. La chute de Napoléon ne signifia pas la fin de la carrière de ses ministres. Certains retrouvent une place au sein de l’appareil d’Etat dès la Seconde Restauration, durant la Monarchie de Juillet pour d’autres, accédant pour certains à la présidence du Conseil. Une minorité vécut assez longtemps pour assister à la résurrection de l’Empire français.

 

La machine de guerre napoléonienne fut avant tout l’instrument d’une politique extérieure. En termes de politique intérieure, les ministres administrèrent la France aux côtés de l’Empereur. Fermement encadrés, agissant sous la direction d’un empereur à la fois chef d’Etat et du gouvernement, par leur rôle qu’ils eurent aux côtés de ce dernier, ils sont indissociables de l’Histoire de France. Lecture recommandée pour qui souhaite approfondir ses connaissances d’un aspect peu mis en valeur : l’Etat et son fonctionnement à l’aube du XIXe siècle.

 

Décembre 2019.

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