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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Waterloo : the French Perspective, d’Andrew Field


Simultanément à mon voyage à Waterloo, j’ai lu et terminé cet ouvrage d’Andrew Field, Waterloo : the French Perspective. J’avais déjà fortement apprécié son livre sur la bataille des Quatre-Bras (Prelude to Waterloo, Quatre-Bras : the French perspective). Andrew Field y offrait un récit vivant, ainsi que des analyses tactiques fines et passionnantes. Comme l’explique l’auteur dans son introduction, la littérature anglophone (quasiment inépuisable) sur Waterloo est largement anglo-centrée et se concentre de manière assez exclusive sur des sources issues de participants à la bataille du côté britannique. Les historiens français ne sont pas exempts de ce biais, au détriment du camp anglo-allié. Des deux côtés de la Manche, l’historiographie de Waterloo se montre très polarisée. Il s’agit ainsi pour Andrew Field, ancien officier de l’armée britannique et historien militaire, de rééquilibrer la balance et d’apporter au public anglo-saxon une histoire de la bataille de Waterloo à partir d’une nouvelle perspective, celle de l’armée française vaincue. 

 

J’apprécie beaucoup l’approche de l’auteur qui explique dans sa préface accepter le fait que ses arguments ne feront pas l’unanimité et qu’ils seront confrontés à d’autres arguments tout aussi solides. Comme il l’écrit, son livre est une interprétation parmi d’autres. Au lecteur de se faire sa propre opinion.

 

Waterloo : the French perspective n’apporte pas de faits nouveaux, ne révolutionne pas l’histoire de la bataille. Le déroulement et la chronologie de celle-ci sont très classiques. Le récit commence par une présentation de l’armée française de 1815 et les premiers jours de la campagne sans s’y attarder (d’autant plus qu’Andrew Field a écrit pas moins de quatre ouvrages différents sur la campagne de Belgique de 1815). Ce qu’il apporte, c’est un récit fluide et clair, appuyé sur de nombreux extraits de lettres, journaux ou mémoires de participants français de la bataille. Ces témoignages ponctuent régulièrement le propos et colore une narration élégante. L’auteur garde la tête froide vis-à-vis de ces sources, notamment celles écrites plusieurs années ou plusieurs décennies après 1815, avec le bénéfice du recul et les premières controverses qui ont déjà éclaté. Tous ces témoignages sont récapitulés dans la bibliographie à la fin du livre.

 

En termes d’articulation, au récit du déroulement de la bataille succède une partie constituée d’une succession d’analyses tactiques, pertinentes, argumentées et passionnantes à lire. La placer en toute fin du livre (dans les Quatre-Bras, ces développements sont placées en fin de chapitres) est un peu désopilant car il faut parfois revenir au récit pour se remettre les choses en tête. L’auteur justifie cependant cela par le souhait de ne pas casser la narration. Pourquoi pas ? Pour en revenir aux analyses tactiques, je me régale de ce genre de texte où l’auteur s’efforce de dépasser le simple enchaînement et d’en saisir le sens, s'élève au-dessus de la mêlée pour comprendre les décisions prises par les chefs, dont l'impact sur les milliers d'hommes placés sous leurs ordres est immense. J’ai trouvé très percutante son analyse de la notion de crise tactique, dont la définition ci-dessous, donnée par un officier britannique et citée par Andrew Field, est éclairante :

« Dans tous les conflits entre deux armées de force presque égale, il y a une « crise » qui peut réduire à néant tous les avantages précédemment acquis, et où tous les désastres passés peuvent être rattrapés ; mais après laquelle le succès d’un camp et la défaite de l’autre deviennent indiscutables. »

Ce genre de passage illustre le fait qu’au-delà du récit et de l’analyse d’une bataille vieille de deux siècles, Waterloo : the French Perspective offre de la matière à réflexion. L'auteur ne fait pas dans le French bashing mais s'efforce au contraire d'analyser objectivement les forces et faiblesses de l'armée française ce jour-là, ses dysfonctionnements mais également ses mérites, de ses soldats ou de ses chefs.

 

Certaines interprétations d’Andrew Field, comme il l’écrit au début, sont en effet discutables. Je ne suis par exemple pas d’accord lorsqu’il écrit que Napoléon affiche devant ses subordonnés un mépris bruyant de son adversaire dans le but de les mettre en confiance. L’incapacité de l’Empereur à comprendre, jusqu’à sa mort, les raisons de sa défaite à Waterloo m’incitent plutôt à penser, parmi d'autres raisons, qu’au contraire, Napoléon s’est montré trop sûr de lui. Il est en revanche très convaincant sur d’autres points : l’importance réelle d’Hougoumont, l’assaut du Ier Corps de Drouet d’Erlon, l’attaque de la Garde, etc.  

 

Un reproche sur quelques erreurs bêtes : à une page, il est écrit que Ney commande l’aile droite de l’Armée du Nord (alors qu’il s’agit de l’aile gauche). Vers la fin, le 6e Régiment de Chasseurs à Cheval est mentionné. Quelques pages plus loin, il est devenu le 6e Régiment de Lanciers. Ces erreurs ne gâchent pas à mon sens le livre mais peuvent offrir une prise aisée à qui est en désaccord avec les arguments d’Andrew Field. 

 

La coïncidence de mon voyage en Belgique et de la lecture de Waterloo : the French Perspective n’a fait que rendre encore plus vivant son récit. Lisant ce livre et parcourant simultanément le champ de bataille, j’ai pu me rendre compte de la précision de son texte. Je reconnaissais les lieux, visualisais les manœuvres sur le terrain. Pour le lecteur qui ne s’est jamais rendu à Waterloo, des cartes en couleur très claires sont présentes et permettent de suivre les différentes phases et mouvements de la journée.

 

Un point que j’ai beaucoup apprécié est l’appendice en fin d’ouvrage récapitulant quelques anecdotes sans lien avec la « grande » histoire de Waterloo ou des développements tactiques. Cet officier britannique rencontrant des années plus tard le Français qui a pris soin de lui pendant la bataille. Cette cantinière et son compagnon grenadier à pied de la Garde impériale tués à quelques minutes d’intervalle. Ces arbres encombrés d’officiers et soldats de la Garde qui passent le temps en grimpant aux branches pour observer la bataille, en attendant d’être engagés. Alors que le destin de nations se décide en quelques heures, des faits plus anodins se déroulent en effet en parallèle, comme nous le rappelle cet appendice.

 

Je suis très content de la lecture de ce livre qui un récit clair et bien écrit (dans un anglais lisible) de la bataille, un bon équilibre avec les citations de témoins (je garde un mauvais souvenir d’une ancienne lecture où elles étaient omniprésentes) et de fines analyses tactiques. Cependant, Waterloo : the French Perspective est plutôt à mon sens réservé à un public mordu de la bataille (et on peut très vite le devenir : croyez-moi). Pour une première lecture sur Waterloo, je recommande plutôt le livre d’Alessandro Barbero, dont la nationalité italienne offre l’avantage de le placer en dehors des biais nationaux des historiens français ou britanniques. En français, disponible en format poche, cet ouvrage sera plus accessible pour un néophyte de la bataille. Il se place également des deux côtés, contrairement à Andrew Field qui n’étudie volontairement que le point de vue français. 

 

Janvier 2020.

 

La série de livres écrits par Andrew Field sur la campagne de Belgique de 1815 contient les titres suivants :

- Prelude to Waterloo : Quatre-Bras, the French Perspective ;

- Grouchy's Waterloo : the Battles of Ligny and Wavre ;

- Waterloo : the French Perspective ;

- Waterloo : Rout and Retreat, the French Perspective. 

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