Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

La Guerre de 1870, de François Roth

En 2020 aura lieu le cent-cinquantenaire de la Guerre franco-allemande de 1870. Oubliée, très souvent résumée à Sedan, la fin du Second Empire et la perte de l’Alsace-Lorraine, associée à la Commune de Paris qui ne fut que l’une des conséquences de la défaite, cette guerre a légué à la mémoire une empreinte douloureuse. Les 150 ans sont l’occasion de faire revivre 1870, lui redonner sa juste place dans notre mémoire, à l’instar de ce qui est fait depuis quelques années pour le Second Empire. A sa modeste échelle, ce blog s’efforcera de participer à cet effort mémoriel des 150 ans à travers la recension d’ouvrages liés directement ou non à la guerre de 1870, proposant au public une palette de plus en plus large de lectures sur le sujet. Nous n’aimons pas ressasser nos défaites. J’en fus une première victime. Longtemps, je me suis détourné de « l’année terrible », lui préférant les guerres napoléoniennes ou la Grande Guerre. J’avais tort. La lecture de ce livre de François Roth, historien disparu en 2016, a achevé de me convaincre que 1870 est un sujet d’étude passionnant. Loin d’être un épisode complexe, cette guerre eut des répercussions dont certaines nous touchent encore. 

 

Editée une première fois chez Fayard, la Guerre de 1870 a récemment été rééditée chez Pluriel et est disponible à 15 euros, prix largement correct pour un ouvrage de cette envergure. C’est un livre austère, tant dans son texte que sa couverture et sa minuscule illustration (la seule d’ailleurs ; hormis le texte, le lecteur ne trouvera quelques cartes au fil de sa lecture). Là n’est pas l’intérêt du livre qui est régulièrement cité comme une référence sur le sujet. Son titre est trompeur : François Roth ne limite pas son étude aux seuls combats de l’année 1870. Bien au contraire, c’est une lecture très complète qui dépasse largement le cadre militaire. La Guerre de 1870 se découpe en quatre grandes parties : l’invasion de la France ; un long et courageux sursaut ; bilan d’un conflit ; mémoire de la guerre. Ce plan permet à l’auteur de développer sa réflexion autour de quatre grands thèmes annoncés dans l’avant-propos : le déclenchement du conflit ; les opérations de guerre ; le rôle des opinions publiques ; la portée du conflit. Tout cela s’articule autour d’une question centrale introduite dès l’introduction : en quoi cette guerre entraîna-t-elle une rupture franco-allemande brutale et durable ? 

 

Le plan et les axes de réflexion évoqués ci-dessus élargissent au plus loin la réflexion. Du récit des opérations en 1870 et 1871 et l’analyse de la défaite à la place de la Revanche dans la culture politique de la IIIe République en passant par la mémoire combattante de 1870 (qui se superpose quelques décennies plus tard à celle de 14-18) ou le bilan politique, diplomatique et économique du conflit, la Guerre de 1870 nous propose une approche complète du conflit. Du ballet diplomatique européen aux proclamations enflammées de Gambetta en passant par les témoignages des combattants, le livre offre un traitement à plusieurs niveaux du conflit. La perspective n’est pas uniquement française : François Roth se place également du point de vue allemand, notamment lorsqu’il aborde la question mémorielle.  Les analyses sont rigoureusement menées : l’auteur possède un talent pour s’éloigner de son sujet sans pour autant rompre avec lui. L’épisode de la Commune de Paris est par exemple suffisamment développé pour rester en lien avec la guerre franco-allemande sans pour autant être une histoire de la Commune. Peut-être l’ouvrage (publié en 1990) a-t-il vieilli sur certains points ? La construction européenne a bien avancé en 30 ans et ses relations franco-allemandes n’ont cessé d’évoluer depuis. Ce n’est qu’un questionnement mineur qui n’a pas d’impact sur le reste de la lecture, mais au contraire stimule la réflexion et prolonge celle entamée par l’auteur. En plus de 700 pages, François Roth nous livre avec la Guerre de 1870 une lecture passionnante, fluide et bien écrite. La longueur de l’ouvrage ne doit pas rebuter : au contraire, elle prolonge le plaisir de l’avoir entre les mains ! 

 

Février 2020.

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
H
cet effort mémoriel va peut être t'épuiséh
Répondre