Les Saint-Cyriens morts au champ d’honneur au cours de la Guerre impériale de 1870, ouvrage collectif.

Publié le par hogass_1864

Je l’annonce d’emblée : je ne serai pas objectif sur cet ouvrage, les Saint-Cyriens morts au Champ d’Honneur au cours de la Guerre impériale de 1870, analyse historique et dictionnaire biographique. Etant moi-même saint-cyrien, j’ai baigné durant des années dans cet univers où le souvenir des Anciens, et tout particulièrement ceux morts au champ d’honneur, est cultivé. J’étais donc heureux de pouvoir me plonger dans cette page d’histoire de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr. Je suis d’autant moins objectif que de jeunes élèves-officiers saint-cyriens (des bazars dans le jargon), pour qui tout ancien aura une affection naturelle, ont contribué à sa rédaction. Parmi les contributeurs de cet ouvrage, signalons aussi Bruno Judde de Larivière (@Geographedumond sur Twitter), qui fut à travers ses cours à Saint-Cyr, à l’origine d’un inextinguible intérêt pour la Guerre de Sécession. C’est par lui que j’ai découvert la publication récente de cet ouvrage. N’oublions pas l’ensemble des auteurs : le capitaine Benoît Bodart et le lieutenant Gabriel Garrote qui ont écrit l’analyse historique et dirigé la rédaction du dictionnaire biographique par six élèves-officiers de la promotion Général Fourcade (A Ciaramitaro, Q. Dominguez, T. Duong, N. Guibert, E. Maillard et E. Delavaud). Comme j’envie ces jeunes qui ont eut cette très belle opportunité de participer à un tel projet! Il faut également noter que ce livre, édité par Lavauzelle, verra ses bénéfices reversés à l’association UNC – Veuves et Orphelins de Guerre.

 

La première partie est une analyse historique du conflit, brève synthèse des opérations au cours de la guerre impériale (c’est-à-dire jusqu’à la bataille de Sedan qui porte un coup fatal à l’Empire napoléonien, sans inclure la seconde partie du conflit menée par le gouvernement de Défense nationale). Elle se penche plus particulièrement sur le corps des officiers, et parmi eux les saint-cyriens. L’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr forme depuis 1802 de jeunes officiers de recrutement direct (sur concours) qui sont une minorité au sein d’un corps des officiers majoritairement issus du rang. L’analyse faite dans dans cet ouvrage est l’occasion de prendre une photo permettant de dessiner les contours des saint-cyriens en 1870. Cette analyse s’appuie sur le croisement des données (répartition par armes, promotions, par grades, rythme de l’avancement, origines sociales), illustrées par des tableaux en couleurs. Sans surprise, les officiers subalternes (sous-lieutenants, lieutenants et capitaines), qui combattent à la tête de leurs troupes, sont majoritaires parmi les morts. Les généraux et officiers supérieurs ne sont toutefois pas en reste. Sur le plan social, Saint-Cyr est également une voie d’ascension sociale pour des familles sans tradition militaire tandis que la répartition géographique penche très fortement vers le Nord et l’Est. Des plus anciens sortis de la Spéciale au cours des dernières années du règne de Charles X aux jeunes sous-lieutenants envoyés au front avant la fin de leur scolarité, c’est un panorama très intéressant que propose cet ouvrage. Ce dernier est une très bonne introduction à l’armée impériale de 1870, et notamment la formation de ses officiers. C’est à ce titre qu’il intéressera tout amateur d’histoire militaire.

 

Le dictionnaire biographique s’articule autour des batailles d’août-septembre 1870, chacune brièvement présentée. Les notices suivent la même articulation : grade, nom, prénoms, promotion, origines sociales, carrière et circonstances de la mort (plus ou moins développées selon les sources). Certaines sont illustrées de photographies qui permettent de mettre un visage ces noms. Cette longue succession (plus de 400) d’officiers tués peut paraître macabre. Certes restreinte à une catégorie très précise, elle constitue à mon sens un bel hommage à ces hommes morts au combat, le plus souvent à la tête de leurs soldats comme en attestent les témoignages qui parsèment ça et là les notices. Ici, le colonel Cousin, promotion de Mazagran, chef de corps du 3e Régiment de Grenadiers de la Garde impériale, meurt en relevant le drapeau de son unité. Là, le capitaine Rouvière, promotion du Prince impérial, est tué en menant une charge à la baïonnette. Ou alors le sous-lieutenant Bruzeaux, promotion de Mentana, devenu tétraplégique et mort aux Invalides des suites de ses blessures en 1879, à l’âge de 31 ans. Ces notices redonnent vie à cette armée du Second Empire, vaincue et oubliée en quelques semaines, si ce n’est pour subir l’opprobre de la défaite. La conclusion fait également la transition vers l’armée de la IIIRépublique qui, traumatisée par la défaite, réforma profondément le processus de formation de ses cadres, dont nous assumons encore l’héritage aujourd’hui. 

 

Toute personne ayant un jour coiffé le casoar s’identifiera naturellement à ces Anciens dont ce livre retrace, dans la mesure des sources disponibles, les vies fauchées au cours de l’été 1870. La conclusion pointe à juste titre l’absence d’officiers issu de cette période parmi la liste des parrains de promotion de Saint-Cyr. Alors que l’année 2020 est l’occasion (en fonction de l’évolution de la situation actuelle) de remettre au premier plan de notre mémoire la Guerre de 1870-1871, je me prends à espérer que les bazars y ajouteront leur pierre (comme certains y contribuent déjà à travers ce livre) en proposant un parrain tiré de ce dictionnaire biographique, hommage à ces Anciens oubliés puis ramenés à la vie par ce livre. Morts en combattant bravement, fidèles à l’esprit de Saint-Cyr.

 

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