Napoléon III, de Pierre Milza

Publié le par hogass_1864

 

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Samedi dernier, ne sachant quel livre j’allais ouvrir, j’avais proposé à mes abonnés Twitter de voter pour ma prochaine lecture. La majorité s’était portée sur cette biographie de Napoléon III, de Pierre Milza. Quelques jours plus tard, alors que je viens de terminer cet ouvrage, l’ironie de la situation m’apparaît : c’est en effet un vote qui a décidé du choix de ce livre sur un personnage adepte du plébiscite. « Dictateur », « Napoléon le Petit », « Badinguet ». Les qualificatifs peu amènes fleurissent sur le neveu de Napoléon Ier. Une légende noire entoure le Second Empire, ce régime né d’un coup d’Etat et mort d’une débâcle, pâle copie du Premier. La dynamique actuelle de l’historiographie tend depuis quelques années vers une réhabilitation de cette période et de Napoléon III, dernier monarque de l’Histoire de France. 

 

L’écriture d’une biographie d’un personnage aussi lié à un régime politique est un exercice délicat. Il faut savoir basculer de l’individu, sa personnalité, ses émotions à l’histoire de la période à laquelle il est indissociablement lié. Dans cette copieuse biographie, aisée à lire, Pierre Milza démontre son art de l’équilibre. Sous sa plume apparaît un Louis-Napoléon Bonaparte attachant, homme sympathique et chaleureux, passionné et intelligent. C’est également un homme à la volonté de fer, d’une détermination implacable qui émerge du récit de Pierre Milza. La chute du Premier Empire, l’exil, l’hostilité et la méfiance des Napoléonides envers ce jeune homme passionné et aventureux : rien ne prédisposait le fils du roi Louis à relever la couronne impériale et ramener les Bonaparte une nouvelle fois à la tête de la France. Cet accomplissement, au sein d’une Europe figée depuis 1815 dans le système de la Sainte-Alliance, est déjà la démonstration des remarquables capacités d’un homme très souvent décrit comme faible, hésitant et influençable. Il fut pourtant le premier chef de l’Etat (et le premier à porter le titre de président de la République) élu au suffrage universel en France. Habile manœuvrier, il sut jouer à la fois du prestige de son nom, malgré l’inexistence d’un parti bonapartiste, auprès du peuple et du désir d’ordre des élites du pays pour s’imposer comme l’unique recours. Attentif au progrès technologique, il donna l’impulsion à une dynamique de modernisation industrielle et technologique du pays tout en tentant d’intégrer la classe ouvrière à sa politique. Sa politique extérieure, fondée sur la mise à terre des traités de 1815, fit de la France l’une des grandes puissances du milieu du XIXsiècle. L’évolution du régime, dans un sens libéral puis semi-parlementaire, montre enfin un souverain non figé dans ses idées politiques. 

 

Tout cela est à nuancer, et Pierre Milza le fait de manière remarquable et rigoureuse. L’étoile napoléonienne pâlit peu à peu tandis que l’empereur, de plus en plus affaibli par la maladie de la pierre, n’est pas exempt d’erreurs, que ce soit sur la scène intérieure ou sur la scène extérieure. Les chapitres se succèdent au fil des pages dans un moment de lecture passionnant qui brosse un large tableau de l’œuvre de Napoléon III : parcours personnel, politique extérieure, économique et sociale, évolution des institutions, la chute finale. L’auteur brosse un portrait complet de son personnage avant d’en faire un bilan dépassionné, réaliste et sans complaisance. Il faut noter un ultime chapitre très intéressant consacré au bonapartisme, en tant qu’idéologie (dont Napoléon III fut le véritable théoricien) et héritage (dans un sens démocratique et un sens anti-démocratique). Enfin, une belle conclusion, d’autant plus surprenante de la part d’un historien qui revendique son républicanisme, qui repose la question lancinante d’un retour des cendres du dernier empereur des Français.

 

Mars 2020.

 

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