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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Jonquille, de Jean Michelin

J’ai attendu un an avant de me lancer dans la lecture de Jonquille, de Jean Michelin. Je l’ai refermé il y a quelques minutes. L’heure pressait pour le lire. Actuellement commandant d’unité, pour deux petits mois encore, dans mon régiment, je savais qu’il fallait que je lise ce livre avant de rendre mon commandement. Je sentais que je ne pouvais découvrir pleinement Jonquille qu’en me tenant à la même place que l’auteur. Commander une unité, c’est-à-dire une centaine de soldats et sous-officiers, est une expérience unique, prenante, à la fois épuisante et exaltante. Une aventure humaine qui se poursuit sans interruption pendant des mois. Des visages que l’on voit quotidiennement, pour le meilleur et pour le pire, car rien n’est lisse dans tout ce qui touche l’humain. Pour avoir entendu à plusieurs reprises Jean Michelin s’exprimer sur son livre, pour avoir eu l’occasion de le rencontrer au salon du Livre de Paris 2019, je savais que Jonquille mettait des mots sur cette aventure que je vis depuis 2018. Ce préambule est très personnel mais il me paraissait nécessaire d’évoquer en quelques lignes l’état d’esprit avec lequel j’ai ouvert ce livre.

 

Projeté en 2012 en Afghanistan avec sa compagnie d’infanterie du 16e Bataillons de Chasseurs, Jean Michelin nous livre dans son ouvrage le quotidien de cette opération extérieure. A travers son quotidien, c’est celui de sa compagnie dont il se fait le narrateur. Chaque chapitre porte le nom ou la fonction d’un acteur de la vie de cette machine humaine qu’est une unité. Cette dernière, entraînée et projetée pour combattre, porte des coups durs à l’ennemi. Elle en reçoit aussi. Certaines pages nous font vivre la terreur de tout chef : la mort d’un subordonné. Tout en pudeur, Jean Michelin se dévoile. Il faut du courage pour affronter les balles ennemies. Il faut aussi du courage pour coucher sur le papier des instants qui marquent à jamais. Servie par un style qui mêle habilement finesse d’écriture et le caractère brut du métier de soldat, la charge émotionnelle de ce livre est lourde. Nous vivons ces journées épuisantes, faites de plaisanteries douteuses, de situations parfois tragiques, parfois comiques, de confidences imprévues. J’ai mentionné la qualité du style d’écriture de Jean Michelin qui peut se targuer d’être un écrivain talentueux. La poussière afghane semble accrocher les doigts alors que nous tournons les pages. La sueur perle sur le front. Les battements de cœur s’accélèrent au rythme des contacts. C’est un livre puissant, un superbe moment de lecture (deux jours à peine pour le terminer) qui nous est proposé. Jonquille n’est pas seulement le récit d’une guerre. Ses pages contiennent avant tout la belle histoire d’une communauté humaine.

 

Mon exemplaire de Jonquille porte la dédicace suivante : « Pour Maxime, en espérant que vous y retrouverez un peu de ce qu’il y a d’universel dans le commandement des hommes. Bonne route à la tête de votre batterie. Amicalement, Jean Michelin ». 

Je n’ai jamais affronté le feu adverse. Aucun de mes soldats n’a jamais été blessé au combat. Et pourtant je me suis reconnu dans ce capitaine embarqué dans cette formidable aventure humaine, le commandement d’une unité. Cela tient à des situations maintes fois rencontrées, parfois juste une ligne, voire un mot, cet universel évoqué dans la dédicace. Le professionnel cherchera dans Jonquille le miroir de sa propre expérience, à la fois si proche et si différente. Celui qui aspire au métier des armes y trouvera le récit d’une expérience unique. Le curieux se plongera dans ce drôle d’univers, celui d’hommes et de femmes en vert. 

 

Avril 2020.

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