L’Armée de la Loire 1870-1871, d’Henri Ortholan

Publié le par hogass_1864

J’étais très content d’entamer il y a quelques jours la lecture de l’Armée de la Loire, du colonel Henri Ortholan. Dans le cadre des 150 ans de la Guerre franco-prussienne de 1870-1871, dont la commémoration sera quelque peu malmenée par la situation actuelle, le thème était séduisant. En 1870, malgré la mise hors de combat en quelques semaines deux principales armées françaises (défaite de Sedan et siège de Metz), le gouvernement de la Défense nationale, animé par Léon Gambetta, réussit le tour de force de lever de nouvelles troupes. Sous-équipées, peu aguerries, sous-encadrées, ces troupes résistèrent plusieurs mois aux forces allemandes. Consacré à l’une des trois armées républicaines engagées contre la Prusse et ses alliés après la chute du Second Empire, cet ouvrage est donc l’occasion de faire un focus sur une phase spécifique de la guerre, celle des opérations le long de la Loire. J’ai hélas été déçu par cette lecture qui m’a laissé sur ma faim.

 

Long d’environ 250 pages, l’Armée de la Loire est le récit des combats menés entre octobre 1870 et janvier 1871 par la formation appelée Armée de la Loire, puis 2e Armée de la Loire. Commandée par le général d’Aurelle de Paladines, puis le général Chanzy, cette armée livra de durs combats face aux troupes allemandes. Son objectif, fixé par la délégation gouvernementale de Tours, était simple : briser le siège de Paris. En dépit du dénuement le plus complet de ses unités, l’Armée de la Loire tint la dragée haute à ses ennemis et constituait toujours une force organisée et opérationnelle à la fin de la guerre. La narration des opérations est assez complète et détaillée. Le lecteur suit pas à pas l’Armée de la Loire, de la constitution de ses corps d’armée à partir de bric et de broc jusqu’à sa dissolution finale. Malheureusement, ces détails m’ont peu à peu perdu au fil des pages. Les localités et les événements s’enchaînent avec trop peu de cartes pour suivre clairement ce qui se passe. Factuel, le récit perd en profondeur et c’est bien dommage.

 

Le style n’a pas contribué à m’attacher à ce livre. J’ai peu goûté le ton souvent emphatique de l’auteur : « nos soldats », « nos ennemis », « admirable », « d’exception », « les incompétents de Tours ». J’ai bien compris que l’auteur n’estime guère Freycinet, délégué à la guerre du gouvernement de la Défense nationale, dont il pointe l’entrisme dans la conduite des opérations. A l’inverse, le général Chanzy est porté aux nues (tout en étant effectivement l’un des généraux français les plus efficaces de ce conflit). Tout cela brouille le fond, derrière lequel transparaît un certain parti-pris qui nuit à ce qu’on peut attendre d’un livre d’Histoire. Il y a pourtant une belle matière à réflexion sur les relations civilo-militaires en temps de crise, sur la façon dont une armée non professionnelle et mal équipée s’adapte à la doctrine et adapte la doctrine. Le livre manque également d’annexes nous présentant par exemple les ordres de bataille des forces en présence. Celui de l’armée française ne manquerait justement pas d’intérêt dans la mesure où il refléterait la composition hétéroclite de l’Armée de la Loire. 

 

Je me suis ennuyé à la lecture de ce livre, dont j’attendais avec une impatience croissante la fin. Henri Ortholan a rédigé deux autres livres consacrés aux armées de la Défense nationale : l’Armée de l’Est et l’Armée du Nord. Peu convaincu par celui que je viens de terminer, je passerai mon tour. Avec regret car ces histoires méritent d’être connues.

 

Avril 2020.

 

 

 

 

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