La Guerre inéluctable, les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939, de Simon Catros

Publié le par hogass_1864

Loin du tumulte des champs de bataille, du labeur dans les usines d’armement, des familles restées à l’arrière, une guerre se joue également au sein des états-majors qui la planifient et la conduisent. La préparation d’un conflit n’est pas seulement affaire de matériels, de divisions et de manœuvres. C’est également un contexte international dans lequel une nation cherche des alliés pour consolider au mieux sa position tout en affaiblissant celle de l’ennemi futur. La France des années 1930 est un très bon exemple de cette situation. Dans la Guerre inéluctable, les chefs militaires français et la politique étrangère, 1935-1939, Simon Catros nous livre une solide étude de la place des états-majors dans le processus décisionnel de la politique étrangère française.

 

Une politique étrangère intègre de nombreux outils, parmi lesquels l’outil militaire. En cette période de crise et de résurgence d’une menace allemande à la frontière rhénane, les armées et leurs chefs occupent une place majeure, incontournable dans la diplomatie française. Les renseignements obtenus, leur exploitation, les options militaires élaborées par le haut commandement influent dans les décisions finales du gouvernement. L’idée maîtresse de la Guerre inéluctable est limpide : les officiers généraux ne déterminent pas la politique étrangère de la France. Du fait de leurs avis, ils en sont néanmoins des acteurs à part entière du fait d’un rapprochement politico-militaire inédit dans l’Histoire de France. Parmi eux, le général Gamelin. Il en ressort de ce dernier une image assez positive à la lecture de l’ouvrage. Conscient du danger que fait peser l’Allemagne hitlérienne sur la France, bien qu’il ne soit que primus inter pares (comme l’écrit Simon Catros) parmi les autres chefs d’état-major, Gamelin travaille inlassablement pour peser dans les décisions de politique étrangère afin de garantir à la France des alliés solides en cas de guerre. Ce rôle méconnu de Gamelin, vaincu de 1940 pour l’éternité, est l’un des nombreux points stimulants de la Guerre inéluctable.

 

La première partie de l’ouvrage consiste en une passionnante présentation des états-majors généraux d’armée (armée de terre, marine, armée de l’air, colonies), leurs structures, leurs visions. L’absence d’un état-major central (tel que l’Etat-Major des Armées aujourd’hui) empêche malheureusement les armées d’unifier leurs vues tandis que de nombreux biais ou représentations culturelles dépassées faussent l’analyse des rapports de force. Enfin, comment les états-majors généraux font-ils face aux crises successives qui mènent à la Seconde Guerre mondiale ? Comment analysent-ils la menace allemande ? Quelles conclusions est-ce qu’ils en tirent sur le plan des relations internationales ? Le contenu et le sujet sont passionnants. L’auteur expose clairement ses analyses mais celles-ci peuvent se révéler parfois ardues pour un lecteur peu familier avec le vocabulaire d’état-major. Cela ne doit toutefois pas dissuader le lecteur curieux de découvrir cet aspect méconnu, celui de la confluence politico-militaire, indispensable pour construire une politique étrangère solide, dotée de tous les outils nécessaires. Si cette croisée des chemins est beaucoup plus naturelle aujourd’hui, la Guerre inéluctable nous montre la construction de ce processus.

 

Avril 2020.

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