Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, wargame, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Il n’a pas été simple de trouver du temps ces dernières semaines pour lire. Entre retour de mission, passation de commandement et cartons de déménagement, mes journées et soirées ont été bien occupées. Reste néanmoins ce petit plaisir, ce moment d’évasion, même si cela ne dure que le temps de quelques pages. Ces rares minutes ont été consacrées à un ouvrage original portant sur un personnage non moins original : Généralissime Souvorov, le père de la doctrine de guerre russe, du général Serge Andolenko. Fils d’un Russe blanc, Serge Andolenko intégra l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr à titre étranger dans les années 1920. Non destiné à servir au sein de l’armée française, il parvint à rejoindre la Légion étrangère et acheva sa carrière comme officier général. Passionné d’Histoire militaire, profitant de sa proximité avec les cercles d’officiers blancs exilés en France, il se pencha notamment sur celle de la Russie.
Nous devons à Serge Andolenko cette biographie de Souvorov, écrite en 1949 et récemment rééditée. Resté dans l’ombre des grands capitaines de l’Histoire, Souvorov demeure pourtant invaincu au terme des 63 batailles menées. Issu de la noblesse russe, il s’éleva au sommet de la hiérarchie militaire russe et mourut en 1800 après une ultime campagne contre les armées de la France révolutionnaire.
C’est une biographie militaire, centrée sur la carrière et les campagnes de son personnage, que nous livre Serge Andolenko. Généralissime Souvorov, le père de la doctrine de guerre russe s’articule en quatre grandes parties : Souvorov et son temps ; l’école de Souvorov ; application des principes de Souvorov sur le champ de bataille ; héritage de Souvorov. Le livre s’embarrasse peu de ce que fut l’homme. C’est avant tout au général, comme le montre le plan, qu’il s’intéresse. Avant d’être un général victorieux, Souvorov est un général acharné à l’instruction et l’éducation de ses troupes. En atteste la partie consacrée à cet aspect de sa vie militaire. Alors que l’armée prussienne de Frédéric II est érigée en paradigme, Souvorov se montre adepte d’un modèle spécifiquement russe. Tout l’entraînement qu’il impose à ses troupes vise à faire de celles-ci une armée apte à la manœuvre rapide et la surprise. Batailles rangées, sièges, guerre contre les grandes armées européennes ou l’armée ottomane : Souvorov exerce ses talents sur des théâtres variés, parfois au prix de sanglantes victoires (Praga en Pologne, Izmail contre l’Empire ottoman). Ses dernières victoires en Italie et en Suisse le confrontent à un adversaire coriace, l’armée française. Il revient couronné de lauriers avant de mourir en disgrâce.
Quelle fut la postérité de Souvorov ? Officier du tsar, auteur d’un Art de Vaincre (judicieusement placé en annexe à côté de beaux croquis en couleur), Souvorov inspira pourtant l’Armée rouge de Staline qui atteignit un remarquable de maîtrise de la manœuvre au cours de la Seconde Guerre mondiale. Homme à la fois d’action et d’étude, Souvorov n’échappe pas aux mauvaises interprétations de ses textes qui font de lui un écervelé fantasque. Généralissime Souvorov, le père de la doctrine de guerre russe, du général Serge Andolenko, permet de découvrir la vie et la parcours de ce général méconnu, dont la postérité en Europe eut sans doute la malchance d’être éclipsée par l’ascension d’un autre général, Napoléon Bonaparte.
Juin 2020.