Roi par Effraction, de François Garde

Publié le par hogass_1864

La Révolution française créa des destinées inimaginables du temps de l’Ancien Régime. Du roturier au monarque, du capitole à la roche tarpéienne, il n’y a désormais qu’un pas. Cette abolition des barrières crée une matière romanesque dont s’emparent les auteurs, à l’exemple de François Garde dans Roi par Effraction. De qui parle ce roman ? De Joachim Murat, fils d’un aubergiste du Quercy devenu maréchal d’Empire puis roi de Naples. Cavalier hors pair, réputé pour ses uniformes toujours plus chamarrés, Murat accompagne Napoléon Bonaparte dans ses conquêtes, épouse sa sœur avant d’abandonner l’Empereur et finir fusillé. La captivité précédant la mise à mort est alors l’occasion d’une introspection sur son ascension et sa chute.

Tout en s’appuyant sur des faits historiques, Roi par Effraction romance largement la vie de Murat (et l’assume). L’intrigue du livre s’articule autour des derniers jours de Murat, emprisonné après une piteuse tentative de débarquement à Pizzo en vue de reprendre son royaume. J’ai apprécié la belle écriture et le style de François Garde qui redonne vie à ce personnage haut en couleurs. Le principal défaut réside à mon sens dans la stricte alternance captivité – souvenirs qui instille une certaine rigidité au récit. Celui-ci acquiert un rythme binaire alors que dans la solitude de sa cellule, Murat se remémore ces instants qui ponctuèrent une vie riche en événements. De sa jeunesse à son règne en passant par son mariage avec Caroline Bonaparte ou ses batailles, ceux-ci donnent son sens au titre du livre. Rien ne destinait Murat à devenir une tête couronnée. C’est le sabre à la main qu’il se forge cette destinée brutalement stoppée par son exécution. Coloré à l’image de son personnage, Roi par effraction est un beau roman, celui d’une lutte incessante d’un combattant dans l’âme. Contre la volonté implacable de l’Empereur qui ne tolère aucune initiative, contre les ennemis de l’Empire, contre Ferdinand de Bourbon, roi des Deux-Siciles, qui refuse le règne de ce fils d’aubergiste. Prisonnier des injonctions pesantes de son beau-frère, prisonnier du désir de sauvegarder son trône, Murat devient littéralement captif. Paradoxalement, l’échec final de Murat le libère. Nul besoin de se soucier des autres lorsque la mort est au bout du chemin. Murat l’affronte courageusement. 


Juin 2020.
 

Publié dans Roman, Premier Empire

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