15 Août 1811, l’apogée de l’Empire ? De Charles-Eloi Vial

Publié le par hogass_1864


Se définissant lui-même comme napoléonologue, Charles-Eloi Vial a déjà écrit plusieurs ouvrages en lien avec Napoléon et le Premier Empire (Napoléon à Sainte-Hélène). Paru en 2019 aux éditions Perrin, son dernier ouvrage, 15 août 1811, l’apogée de l’Empire ? a reçu un excellent accueil critique, décrochant notamment le Grand Prix du Livre d’Histoire. Que nous évoque l’année 1811 ? La France des 130 départements, la naissance du roi de Rome, la domination française de Rome jusqu’à la Vistule, le calme avant la tempête. Un an plus tard, la Grande Armée s’est dissoute dans les neiges russes. En 1813, Napoléon est vaincu à Leipzig et perd l’Allemagne. En 1814, il abdique. 1815, la chute finale. Le 15 août 1811, date d’anniversaire de Napoléon, peut donc apparaître comme l’apogée de l’Empire avant la descente finale. 

 

Cette apparente apogée a intrigué Charles-Eloi Vial qui pose la question dans le titre même de son ouvrage : est-ce vraiment l’apogée de l’Empire ? Centrée sur la date du 15 août, à la fois anniversaire de l’Empereur et Saint-Napoléon, mais également occasion d’un vif échange verbal entre le souverain français et l’ambassadeur de Russie, son étude prend donc la forme d’une photographie du Grand Empire, d’un arrêt sur image. La colère de l’Empereur s’abattant sur l’ambassadeur du Tsar cristallise l’une des facettes du « comédien Napoléon » (pour reprendre une expression de Charles-Eloi Vial) qui fait de ses humeurs un outil de persuasion et de contrôle. 

 

Que nous apprend cette journée ? Il s’agit à la fois de dérouler heure par heure la chronologie des célébrations en l’honneur de Napoléon aux Tuileries, mais également de balayer de cette même célébration dans toute l’Europe. Erigée en fête nationale, la Saint-Napoléon a pour vocation de rassembler les populations de l’Empire français et des pays alliés (pour ne pas dire vassaux…) autour du régime impérial. La célébration atteint-elle son objectif ? C’est là tout l’intérêt de l’ouvrage de Charles-Eloi Vial qui nous emmène voyager jusqu’aux confins de l’Europe napoléonienne. Que ce soit dans le récit minutieux de la journée de l’Empereur (dont le fameux esclandre final avec le prince Kourakine, ambassadeur russe) ou bien les manifestations plus ou moins chaleureuses d’attachement des élites et du peuple à la dynastie Bonaparte, le livre nous démontre qu’en réalité, le ver est déjà dans le fruit. Conquérant de l’Europe, entouré d’Etats vassaux ou alliés, l’empereur des Français s’enfonce en réalité dans un isolement croissant, inconscient que l’inflexibilité du système qu’il a construit fragilise son pouvoir. Nourri par la guerre, l’Empire appelle la guerre. Celle-ci lui sera fatale. 
 

Août 2020.

 

Publié dans Premier Empire, Histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article