Mémoires de Napoléon : la Campagne d’Italie (1796-1797), de Napoléon Bonaparte, présentées par Thierry Lentz

Publié le par hogass_1864

L’an dernier, je publiais mon retour sur le tome des mémoires de Napoléon consacré aux Cent-Jours et Waterloo. Je poursuis cette fois avec celui sur la campagne d’Italie de 1796-1797 (hélas épuisé, trouvé après de longues recherches). L’économie générale est identique d’un volume à un autre : une présentation de Thierry Lentz (articulée en une partie commune à chaque tome, une autre spécifique à chacun, très intéressante sur l’histoire du texte et les méthodes de rédaction de l’exilé de Sainte-Hélène), le texte des mémoires, différentes annexes (carte,  chronologie, index). A titre de rappel, lorsque Napoléon écrit ses mémoires, il s’agit pour lui de léguer sa parole à la postérité. Les thèmes ne sont pas anodins : alors que le volume sur les Cent-Jours vise à donner sa version des faits et rejeter la responsabilité de sa défaite sur des traîtres ou des incompétents, ceux consacrés aux campagnes d’Italie et d’Egypte, l’époque où Napoléon était encore Bonaparte, un jeune général révolutionnaire couvert de gloire grâce à ses expéditions. La campagne d’Italie, c’est un peu les temps d’insouciance de Napoléon, avant que les incessantes guerres du Premier Empire n’étouffent sa domination. 

 

Cela se ressent dans l’écriture (fluide et ciselée : Napoléon est un excellent écrivain). Le vainqueur de Rivoli et Lodi se délecte dans le récit de ses victoires éclatantes et inattendues. Les grands noms des futures guerres impériales chevauchent à ses côtés : Murat, Masséna (au sommet de son art), Berthier, etc. Il sculpte sa posture d’homme d’Etat, capable de gouverner un territoire et de négocier un traité victorieux, se pose en fervent partisan de l’unité italienne. L’anecdote du vase du comte de Cobenzl (alors que les négociations avec les Autrichiens piétinent, Napoléon brise sous les yeux médusés de ses interlocuteurs un vase précieux : la scène fait son effet et le traité est signé) est un exemple de scène où le prisonnier de Sainte-Hélène se plaît à faire revivre le passé. 

 

Napoléon n’est évidemment pas objectif lorsqu’il rédige ses mémoires. Les événements et les victoires s’enchaînent, comme l’écrit Thierry  Lentz dans son introduction, sans difficultés, de manière naturelle. L’homme de Brumaire est sévère envers le Directoire qu’il estime inefficace et corrompu. En creux se dessine une justification de sa prise de pouvoir. Face à ce régime, ses victoires, son administration de l’Italie, ses succès diplomatiques forment un inévitable contraste. La lecture peut décevoir : au fil des chapitres se succèdent des noms de localités italiennes où manoeuvrent les belligérants, pas toujours simples à suivre. L’unique carte en annexe est insuffisamment précise pour suivre efficacement les différents combats. Point de grande réflexion sur l’art de la guerre. Point de récit détaillé des batailles. Mené à la vitesse de l’éclair, le récit peut dérouter le lecteur. Clausewitz lui-même fut déçu par la lecture des mémoires de Napoléon. La lecture du livre Napoléon historien, de Fadi El Hage, est intéressante dans la mesure où il éclaire l’ensemble du processus de travail historique de l’Empereur. Ecrivain remarquable, ce dernier doit néanmoins être abordé avec un esprit critique.

 

Août 2020

 

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