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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Barbarossa, 1941, la Guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri

 

Cet article a été enregistré en podcast.

Barbarossa, 1941, la Guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, patientait depuis plusieurs mois sur mes étagères. Les multiples retours ça et là annonçaient un livre passionnant. Les longues soirées d’hiver et les vacances de fin d’année constituaient une bonne occasion de s’y plonger enfin. Un seul article est trop court pour pleinement exposer toute la richesse du livre. Je m’attacherai toutefois à décrire quelques idées fortes parcourant l’ouvrage.

Barbarossa, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, s’impose comme un ouvrage majeur sur l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale. Loin d’être uniquement centré sur les opérations militaires de juin à décembre 1941, l’ouvrage se place dans le temps long, remonte jusqu’aux racines les plus profondes de la guerre à l’Est. Il faut en effet patienter jusqu’à la page 329 pour voir les deux auteurs débuter le récit des premiers combats. Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri développent de manière précise et fouillée les aspects politiques, diplomatiques, économiques du conflit, ses causes et ses conséquences.

Un point important du livre consiste dans le traitement du génocide juif et la participation active des forces armées allemandes aux massacres. Loin, très loin de l’image d’une Wehrmacht propre distincte des SS et de leurs actions génocidaires, l’armée allemande fut directement impliquée dans l’entreprise d’extermination hitlérienne. La volonté exterminatrice du chef nazi et une culture militaire historiquement encline aux exactions contre les civils convergent pour atteindre des sommets de violence. L’ouvrage décrit très bien la soumission de plus en plus complète de la hiérarchie militaire allemande à Hitler. De fait, les généraux allemands brandissent leur professionnalisme pour mieux se réfugier derrière. Leur faillite n’est pas seulement morale. Sur le plan opérationnel, l’hubris saisit le haut commandement allemand qui conçoit son opération sans raisonner son ennemi et rejette la responsabilité de son échec sur l’hiver.

Du côté soviétique, l’Armée rouge (et les civils) paye un prix terrifiant mais encaisse l’assaut allemand.  Terrifiées à l’idée de voir le sol s’effondrer sous leurs pieds comme le Tsar en 1917, les autorités soviétiques démontrent par leurs actions un mépris complet de la vie humaine. Civils et militaires ont autant à craindre les Allemands que la paranoïa stalinienne. L’idéologie supplante la compétence militaire. Et pourtant, le régime tient grâce à la militarisation de la société. Malgré le choc, la mainmise de Staline est à peine contestée.

Je l’ai évoqué au début de l’article : Barbarossa, 1941, la Guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, s’impose comme une référence (bravo aux éditions Passés composés pour ce beau coup). De la genèse idéologique de Barbarossa (anéantir l’Union soviétique, « Etat judéo-bolchevique », idée fixe d’Hitler) au compagnonnage germano-soviétique de 1939 à 1941, les germes du conflit sont présentés, analysés, détaillés avant d’entrer dans le vif du sujet : l’invasion de l’URSS par l’Allemagne. L’aspect militaire est exposé clairement et sans fioritures tout en évitant de sombrer dans de la fastidieuse micro-tactique. Toute la richesse de l’ouvrage réside dans le traitement global de l’opération Barbarossa. L’écriture nous emporte tout au long du livre : témoignages allemands ou soviétiques, anecdotes s’intercalent entre récits d’opérations ou analyses stratégiques. Le propos est mesuré, précis. Magistral.

Décembre 2020.

 

 

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