Arnhem, la dernière victoire allemande, d’Antony Beevor

Publié le par hogass_1864

Certaines œuvres artistiques peuvent influencer fortement notre représentation d’un épisode historique. Le film Un pont trop loin et sa belle palette d’acteurs fait partie de cette catégorie. Je me rappelle avoir vu ce film pour la première fois chez ma grand-mère quand j’étais enfant. La jaquette de la cassette vidéo affichait les visages de ces acteurs et tout au long de ma lecture de l’ouvrage d’Antony Beevor, Arnhem, la dernière victoire allemande, les visages de Sean Connery, Anthony Hopkins ou Michael Caine flottaient dans mon esprit lorsque je lisais le nom de leurs personnages. Je me suis lancé dans ce livre après l’avoir acheté dans ma librairie habituelle. J’ai eu envie d’en connaître un peu plus sur l’opération Market Garden, objet d’Un pont trop loin. Pour avoir déjà lu Anthony Beevor (la Chute de Berlin ; D-Day et la Bataille de Normandie : pour ce dernier, j’avais eu la chance de faire partie du jury du prix des Cadets qui avait alors décerné le prix à Antony Beevor), je savais que le style allait garantir une lecture « légère » reposante pour l’esprit en ces temps de préparation de concours.

L’une des caractéristiques du style d’Anthony Beevor est la pratique du zoom entre le niveau du haut commandement et celui du simple soldat. Cet artifice est présent dans nombreux ouvrages d’histoire militaire et offre un récit vivant, semé d’anecdotes. Anthony Beevor maîtrise ce procédé et l’emploie même à outrance. Non sans talent : il se montre ainsi capable de basculer en l’espace d’un paragraphe d’un niveau à l’autre sans alourdir son récit.

Et cela fonctionne dans une certaine mesure. Arnhem, la dernière victoire allemande (et c’est le cas aussi dans les autres d’Anthony Beevor dont la lecture remonte) suit essentiellement le fil des événements de Market Garden. Ce fil constitue un axe autour duquel se construit tout un récit fait de réunions d’état-major, d’opérations d’envergure ou bien d’actions micro-tactiques. Si une telle construction garantit un texte fluide et vivant, cela se fait au détriment de la profondeur. Cela ne m’a pas gêné : comme je l’ai écrit plus haut, je ne cherchais pas forcément un ouvrage de l’ampleur de l’excellent Barbarossa, 1941, la guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. Néanmoins, en comparaison, un tel ouvrage me laisse sur ma faim : qu’en est-il des différences de doctrine d’emploi entre armées américaines et britanniques ? Quelles analyses en tirer ? Comment s’organise le commandement allemand et ses différents échelons (groupe d’armées, armées, corps d’armée, etc.) ? Comment Hitler perçoit-il et gère-t-il l’offensive alliée ? Etc.

Cela ne fait pas d’Arnhem, la dernière victoire allemande, un mauvais ouvrage. Il faut simplement être conscient de ses limites. Antony Beevor parvient remarquablement à redonner vie aux affrontements acharnés d’Arnhem, aux souffrances des Néerlandais. Un tel livre sera tout à fait adapté à qui cherche à en savoir plus sur l’opération Market Garden. Il ne satisfera pas totalement un lecteur habitué à lire de l’Histoire militaire.

Janvier 2021.

 

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