Le Maréchal Niel, 1802-1869, de Stéphane Faudais

Publié le par hogass_1864


Parmi la littérature du Second Empire, tout particulièrement celle touchant à la Guerre franco-prussienne de 1870-1871, la loi Niel revient fréquemment. A Toulouse, au cœur de la ville rose, le Palais Niel possède la réputation d’être l’un des monuments les plus remarquables de la cité méridionale. Mais qui se cache derrière ce nom ? Qui est l’homme qui a donné son nom à une loi, un palais ou même des avenues ? Né en 1802, mort en 1869, Adolphe Niel, maréchal de France, traverse tous les régimes politiques de la première moitié du XIXe siècle mais reste malgré tout dans l’ombre. Grâce à Stéphane Faudais, auteur d’une biographie intitulée le Maréchal Niel, 1802-1869, nous avons l’opportunité d’en apprendre plus sur ce personnage remarquable.

 

Je distingue dans cet ouvrage deux grands axes. Le premier permet de suivre la carrière d’un rejeton de bonne famille, polytechnicien devenu officier d’une arme savante, le génie. Né sous le Consulat, entré dans l’armée sous Charles X, Adolphe Niel accède au maréchalat sous le Second Empire après avoir servi la Monarchie de Juillet et la IIe République. Cette riche et brillante carrière l’amène en Algérie, au large de la Finlande, en Crimée ou Italie. Notre homme se distingue à la fois comme officier du génie, technicien des fortifications, mais également comme chef tactique, notamment à Solférino à la tête d’un corps d’armée. L’homme paraît remarquable et il est intéressant de voir la manière dont il semble irriguer la réflexion plus générale de Stéphane Faudais sur l’état d’officier. Suivre ainsi le parcours d’Adolphe Niel permet également de se plonger dans différentes facettes du métier d’officier dans l’armée française du XIXe siècle, à des fonctions et grades différents, en métropole ou à l’étranger. A travers la riche carrière d’Adolphe Niel, c’est également une histoire de l’armée française que nous laisse entrevoir Stéphane Faudais. 

 

L’autre grand axe consiste en une analyse de l’œuvre réformatrice d’Adolphe Niel, centrée sur la loi portant son nom. Appelé au ministère de la Guerre par Napoléon III, le maréchal est responsable de la mise en œuvre d’une réforme du système de recrutement, visant à rééquilibrer les effectifs avec ceux du potentiel adversaire prussien. Le livre prend ici un aspect plus technique, contre-coup des débats agités qui confrontent points de vue de l’empereur, des militaires ou des politiques. De manière plus générale, le passage de Niel au ministère de la Guerre est l’occasion d’un état des lieux de l’armée française à la veille de la défaite de 1870. Refus de l’innovation, sclérose du commandement, formation des officiers : malgré les proclamations de Niel (qui, dans sa position, ne peut en réalité dénigrer l’armée dont il provient), l’armée impériale n’est pas à la hauteur du choc futur. Confrontée à l’actualité, cette partie du livre prend un relief particulier. Il ne s’agit pas d’établir ici un strict parallèle entre les dernières années du Second Empire et la situation actuelle, mais de méditer la manière dont les chefs militaires et les décideurs politiques français ont réfléchi et oeuvré pour se préparer à un conflit imminent.

 

Ecrite dans un style clair et simple, cette biographie du maréchal Niel est donc l’opportunité d’aborder à la fois une carrière militaire mais également une œuvre réformatrice alors que la tempête menace. Las, la mort précoce de Niel (dans des conditions similaires à celle de Napoléon III : des suites d’une opération de la maladie de la pierre) stoppe net les chantiers lancés par le maréchal-ministre. Aurait-il pu inverser le cours des choses ? La réponse de Stéphane Faudais : a priori non.

 

Février 2020.

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