Le Soleil est aveugle, de Curzio Malaparte

Publié le par hogass_1864

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Je ne sais plus trop comment j’en suis venu à m’intéresser à Curzio Malaparte. J’ai lu son nom quelque part, j’ai lu une notice biographique, maigre reflet d’une vie fantasque. L’envie m’a pris de lire cet auteur. Ma librairie de quartier propose à la vente plusieurs de ses ouvrages. Bien que Kaputt soit décrit comme son chef d’œuvre, pour un premier contact, je me suis décidé pour le Soleil est aveugle, plus court (150 pages). Les chaudes recommandations du libraire (au seuil de sa retraite, érudit, passionné et passionnant) m’ont conforté dans mon choix.

Le Soleil est aveugle est le récit autobiographique de la bataille des Alpes de juin 1940, suivie par Curzio Malaparte (lui-même ancien combattant de 14-18) en tant que correspondant de guerre. La narration suit durant ces quelques jours de combat un officier italien. Le roman se focalise sur l’expérience du soldat : « eux seulement donnent à cette guerre stupide le sens tragique de son inutilité ». Le début est lent, le Capitaine (le personnage principal) navigue d’une unité à l’autre alors que l’armée italienne marche à travers la montagne vers les positions françaises tenues par les chasseurs alpins.

La montagne apparaît comme un personnage à part entière, elle grouille de cette armée qui marche à l’ennemi. Le soleil, « cet œil blanc sans paupières et sans cils », accompagne le récit, de l’aube au crépuscule. Le style est littéralement rempli de couleurs. Malaparte en use habilement, parsème son texte de touches de couleur pour construire un environnement, des paysages en mouvement : « […] découvre à travers le brouillard, là-haut, derrière la crête noire du mont Léchaud, une immense rose pâle, qui peu à peu s’allume, illuminant l’orient d’une délicate lueur rose. ». De nombreux personnages apparaissent au fil des chapitres, sont eux-mêmes décrits en quelques mots brefs mais précis et marquants.

L’intrigue commence doucement, nous décrit cette armée en marche, ce Capitaine et ses rencontres fréquentes avec un Alpini, Calusia. Entretemps, l’écriture de Malaparte s’arrime à nos émotions, happe le lecteur avant de nous jeter au milieu des obus et des balles françaises. Puis tout s’achève dans la neige, la boue, la folie. Au milieu, ces lignes qui acquièrent dans le contexte du roman une résonnance particulière : « ce qui corrompt les hommes, ce qui les rend méchants, lâches, égoïstes, c’est la conscience de la mort. Les bêtes n’ont que l’instinct de conservation, peut-être un pressentiment lointain. Mais elles n’ont pas la conscience de la mort. Elles savent qu’elles peuvent mourir, mais non qu’elles doivent mourir ».

Le livre est puissant, nerveux. A l’échelle d’une guerre, Curzio Malaparte raconte finalement peu de choses : des soldats qui marchent, un combat, des morts et des blessés. Mais à l’échelle du lecteur, son roman frappe violemment celui-ci.

Mars 2021

 

Publié dans Roman

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