Mussolini, de Pierre Milza

Publié le par hogass_1864

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L’an dernier, j’écrivais le plus grand bien de la biographie de Napoléon III par Pierre Milza. J’avais particulièrement apprécié sa mesure, son sens de l’équilibre, sa capacité à faire ressortir l’aspect humain de son personnage. Sa biographie de Mussolini a été l’occasion de me replonger dans l’écriture de cet auteur.

Dans cet ouvrage, Pierre Milza évite l’écueil de raconter seulement l’Histoire de l’Italie fasciste et d’oublier le sujet de son livre. Au cœur de son propos se trouve le cheminement intellectuel de Mussolini. Les pages consacrées aux années de jeunesse sont passionnantes. Il ne s’agit pas d’y voir un déterminisme où le Duce transparaîtrait déjà derrière l’instituteur romagnol, mais de se demander quelles furent les ressorts de ce parcours. Qu’est-ce qui a mené ce fils de forgeron, pétri dans sa jeunesse de convictions de gauche, à incarner le fascisme et gouverner l’Italie d’une main de fer ? Pierre Milza restitue de manière remarquable la complexité de l’homme. Père de famille aimant capable de se comporter comme un soudard avec les femmes, le dictateur possède d’indéniables talents de journaliste et d’orateur. Loin de l’image grotesque qu’on peut avoir en tête, Mussolini est un politique habile qui parvient à susciter un consensus national autour du régime fasciste. Pierre Milza revient régulièrement sur la mise en scène de sa propre personne par Mussolini : sportif, travailleur manuel, aviateur, homme d’Etat, habile à captiver les masses. Youtube nous fournit aujourd’hui la possibilité visualiser ce que fut le style oratoire mussolinien avec par exemple ce discours du Duce annonçant aux Italiens la déclaration de guerre à la France et à la Grande-Bretagne. Il condense en quelques minutes divers éléments évoqués par Pierre Milza : gestuelle mussolinienne, lien avec la foule (animée par des professionnels), à la fois à Rome mais également dans toute l’Italie grâce à la radiodiffusion du discours :

La guerre finit par mettre à bas le consensus. Usé par le pouvoir, Mussolini ne parvient pas à résoudre la contradiction entre la rhétorique guerrière du fascisme et le désir de paix des Italiens. Il est intéressant de suivre dans l’ouvrage l’évolution de la relation germano-italienne à travers les rencontres entre Hitler et Mussolini. Alors qu’il est initialement un modèle pour le chef nazi, le Duce devient de plus en plus dépendant de son allié, au point d’être quasiment installé de force à la tête de l’éphémère République sociale italienne. Sa vie s’achève sous les balles des partisans.  Son cadavre subit une dernière mise en scène macabre, comme si les Italiens avaient voulu, selon Pierre Milza, rompre corps et âmes avec le fascisme.

Massif à prendre en main, le Mussolini de Pierre Milza est un beau pavé de 985 pages, notes et bibliographie comprises. J’évoquais en introduction les qualités de son Napoléon III : Pierre Milza nous offre ici un ouvrage du même tenant. Passionnant, captivant, mesuré. Sans artifices, l’auteur nous fait toucher du doigt qui fut Mussolini, sa complexité, ses ressorts intimes. Refermer cette biographie se fera avec regret, car c’est un beau moment d’écriture historique qu’abandonne le lecteur.

Avril 2021.

Publié dans Biographie, Histoire

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