Une superbe cérémonie : méditations

Publié le par hogass_1864

J’ai assisté le 2 juillet 2021 à la passation de commandement de mon ancien régiment. Une belle prise d’armes, un défilé impeccable, et surtout beaucoup d’émotions ressenties, même en spectateur. Peut-être parce que je comprends maintenant ce que c’est de quitter un commandement. J’ai vu un chef se livrer, tout en pudeur. Et face à lui, nulle pitié, aucun jugement dans le regard des soldats. Ils comprenaient, tout simplement.

J’ai également retrouvé mon ancienne batterie. Beaucoup de joie en revoyant mes anciens sous-officiers et soldats. Quel plaisir d’échanger avec eux, prendre des nouvelles, rire avec eux. J’avais l’impression d’être parti hier. J’ai été heureux de féliciter ce soldat, lourdement puni il y a quelques années, car il arborait enfin son galon de brigadier. Avant de partir il y a un an, je lui avais dit ma confiance, et ce galon confirme qu’il la méritait. Ses yeux se sont brouillés, les miens aussi d’ailleurs. Plus tard, un sous-officier, ancien militaire du rang, dont j’ai fait les classes m’a rappelé qu’il y huit ans jour pour jour, le 2 juillet 2013, se déroulait l’incorporation de ses camarades et lui. Huit ans plus tard, ils sont maréchaux des logis, brigadiers-chefs, parents. Je suis fier d’eux et de ce qu’ils font désormais. Ce qu’ils transmettent désormais, je peux légitimement me dire que c’est moi qui leur ai en partie transmis.

Il y a un an, le contexte sanitaire n’avait pas permis de me remettre le fanion de la batterie. Pendant le repas, mon successeur m’a pris à part et me l’a remis. Cette surprise. J’ai craqué. Je suis parti me planquer derrière une tente. A mon retour, un brigadier-chef me voit et balance à la volée « vous avez mangé du piment ou quoi ? ». Eclats de rire, c’était la phrase juste. Ils m’avaient manqué tous.

Lorsque j’ai quitté le régiment l’an dernier, une jeune lieutenant sortie de Saint-Cyr arrivait dans la batterie. Je ne l’ai pas vue arriver en régiment, j’ai été muté avant mais avec mon successeur, nous avions préparé les choses pour que sa prise de commandement de la meilleure manière possible. Entre une première projection dans la foulée de sa mutation, un exercice à l’étranger et une formation générale initiale qui se prépare, elle fait vraiment une superbe année. Forcément, je me revois en 2012 jeune cyrard ignorant, naïf et enthousiaste déboulant comme elle en régiment, jeune lieutenant plongeant dans l’inconnu. Durant l’après-midi, nous avons discuté elle et moi du premier rassemblement, ce premier instant où la section est rassemblée devant soi, prête à recevoir pour la première fois nos ordres. C’est un moment imaginé, fantasmé, redouté, attendu, joué et rejoué dans sa tête. Le mien s’est déroulé devant une demi-section de bric et de broc car je suis arrivé dans un contexte de base arrière alors que la batterie était en projection. Ce n’était pas spécialement un rassemblement martial mais qu’importe, c’était le premier, ouvrant 8 belles années au sein de la 3e batterie. Cette lieutenant me raconta son premier rassemblement. Elle aussi s’était imaginée cet instant durant ses années à Saint-Cyr. Elle l’avait préparé la veille en couchant des mots sur le papier. C’était « comme l’excitation avant un cadeau de Noël » me disait-elle. Un an après, la voilà fermement installée dans son commandement. Je suis content de voir la relève assurée. J’ai trouvé touchant cet échange sur le rassemblement, cet instant qui cristallise toutes les craintes, l’envie et l’enthousiasme que peut susciter l’expérience du commandement.

C’était une superbe cérémonie, et on fait un métier formidable

Publié dans réflexions et idées

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