Film : Onoda, 10 000 nuits dans la jungle

Publié le par hogass_1864

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Ce matin, en somnolant, je me suis pris à repenser à Onoda, 10 000 nuits dans la jungle. Vu la veille au cinéma, ce film continuait d’imprimer sa marque. J’ai repensé à ces soldats, à la jungle qui était devenue leur demeure, à leur quotidien rempli d’inconfort, d’humidité, à la forêt écrasante. Quelques heures après, le film tissait encore sa toile en moi. Comme la moiteur tropicale colle à la peau, cette oeuvre s’accroche au spectateur. L’histoire de ces soldats japonais est déjà extraordinaire en soi. Un sentiment de démesure me frappe lorsque je songe à ces hommes qui se sont placés hors de l’Histoire en poursuivant durant 30 ans leur propre guerre. Avec le film, d’autres sentiments, gâchis et mélancolie, s’ajoutent et se mêlent, ne s’estompent que lentement. Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, donne à cette histoire un puissant corps frappant de plein fouet le spectateur.

En ce sens, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, est une réussite. Nous faire ressentir une mélancolie lancinante, c’est nous faire toucher du doigt ce qu’a pu vivre Hiroo Onoda une fois sa guerre achevée. Onoda vit-il réellement son départ de l’île comme une libération ? Je n’en suis pas sûr. Ce départ, ce retour au Japon, c’est l’effondrement d’un monde auquel il a consacré 30 années de sa vie, durant lesquelles il a sacrifié sa jeunesse, sa famille, perdu ses frères d’armes. Le plan final nous fait magnifiquement percevoir cette mélancolie qui pèse sur Onoda. Que lui reste-t-il à la fin ? Le souvenir d’une inutile guérilla. Ces accrochages avec les paysans philippins, les maraudes, les raids qui sont autant de piqures d’épingles masquent difficilement le morne quotidien d’Onoda. Pourquoi reste-t-il ? La réponse se trouve dans son honneur, où se conjuguent l’absurdité et la grandeur, qui justifie envers et contre tout ces 30 années passées à se terrer dans la jungle.

Le temps s’écoule. Figés dans leur univers, Onoda et ses hommes se cramponnent à leur mission pour donner un sens aux années perdues. Les paysages sont à couper le souffle et soulignent l’aspect dérisoire de la lutte. Sous la direction d’Arthur Harari, les acteurs époustouflants nous emmènent dans la jungle aux côtés de leurs personnages qu’ils nous rendent familiers. La musique épouse la mélancolie du film et lui donne corps. Enfin, si Onoda, 10 000 nuits dans la jungle nous fait percevoir ce qu’ont pu vivre ces hommes, il n’en parvient toutefois pas à percer l’énigme. C’est de ce subtil équilibre que provient toute la force du film, magnifique et sobre à la fois.

Août 2021

 

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