De Gaulle sous le Casque, d’Henri de Wailly

Publié le par hogass_1864

L’Appel du 18 juin, la France libre, le Gouvernement provisoire de la République française, la Ve République scandent la riche carrière politique de Charles de Gaulle. Aujourd’hui, son œuvre politique constitue une référence invoquée par des partis de tous bords du spectre politique. Cette carrière débute en juin 1940 lorsque cet officier général fraîchement promu effectue un saut dans le vide en s’envolant vers Londres dans l’idée de poursuivre la lutte. Jusqu’à ce tournant fatidique, jusqu’au point de départ de cette destinée nationale, Charles de Gaulle est un officier de l’armée française dont la carrière se confond avec celles de nombre de ses homologues : Saint-Cyr, la Grande Guerre, l’Ecole de Guerre, temps en corps de troupes et en état-major. De cette carrière militaire, seuls un livre, Vers l’Armée de Métier, et un combat livré à Montcornet en juin 1940, émergent habituellement de la mémoire collective. Henri de Wailly, dans son ouvrage De Gaulle sous le Casque, s’est attaché à remettre en perspective la figure de De Gaulle militaire.


De Gaulle sous le Casque (titre percutant, je le souligne) ne brosse pas l’ensemble de la carrière militaire de Charles de Gaulle. Le livre se focalise sur les combats livrés par le général (en réalité, colonel jusqu’à sa nomination au grade de général de brigade à titre temporaire en juin 1940) à la tête de sa 4e Division cuirassée (DCr). Ceux-ci jouent un rôle pivot dans la vie de Charles de Gaulle dans la mesure où ce dernier est d’une part mis aux commandes d’un outil de combat qui lui permettra de démontrer la validité de ses idées théorisées dans Vers l’Armée de Métier ; d’autre part, ces combats donneront à De Gaulle la base d’une légitimité qui lui permettra de lancer sa carrière politique. Henri de Wailly débute ainsi son ouvrage avec la grande querelle des chars, qui voit le chef de bataillon de Gaulle, officier de chasseurs à pieds, se lancer dans des débats d’idée tout en se connectant au monde politique, tout particulièrement à Paul Reynaud. Jusqu’en 1940, y compris au cœur des combats, de Gaulle ne cessera de cultiver ses liens et d’entretenir son réseau politique.

Grâce aux riches témoignages sur lequel s’appuie Henri de Wailly, De Gaulle sous le Casque met en relief la figure de l’officier au combat. De Gaulle apparaît comme un chef détestable, hautain, cassant. Ces durs combats, durant lesquels De Gaulle se donne corps et âme, donnent au général une assise solide grâce à une habile communication. Bien que les résultats soient maigres, De Gaulle parvient à les amplifier pour se donner une stature de général victorieux. Cette stratégie renforce l’image du théoricien novateur prêchant dans le désert, celui qui avait raison, celui dont les idées auraient pu sauver la défaite. Avant même que la France ne soit libérée, de Gaulle arbore la figure du sauveur. Cette stratégie ouvre de nouvelles perspectives alors que les connections politiques de De Gaulle lui permettent d’entrevoir une carrière, non plus militaire, mais politique. Le bilan est en réalité plus mitigé : la portée de Vers l’Armée de Métier fut plus limitée que ne le laisse penser la légende gaullienne ; ses performances tactiques sont mitigées et son coup d’œil sur le terrain est plutôt contestable. De Gaulle apparaît souvent plus comme un adepte de l’offensive à outrance qu’un théoricien militaire novateur. Une formule fulgurante d’Henri de Wailly synthétise ce que fut la place réelle de De Gaulle dans l’histoire militaire française : « un grand homme ? Assurément, mais l’histoire, qui est longue, confirmera bientôt qu’il est un Machiavel plutôt qu’un Murat. »

J’évoquais plus haut les témoignages recueillis par l’auteur. Henri de Wailly a réalisé un remarquable travail de recherche : entretiens avec d’anciens combattants, lettres, historiques régimentaires, archives françaises et allemandes. De Gaulle sous le Casque redonne vie aux soldats de 1940 grâce à des extraits particulièrement forts. Si l’ouvrage reprend en grande partie la matière de l’Offensive blindée alliée d’Abbeville, 27 mai-4 juin 1940, du même auteur, il est moins synthétique, moins sec dans son récit des combats. Un effort mémoriel reste à accomplir afin de rendre justice aux combattants de 1940. Malgré la défaite, ceux-ci n’avaient rien à envier à leurs anciens de 14-18. Les pertes subies à Abbeville en témoignent. Ainsi, le 22e Régiment d’Infanterie coloniale (RIC) débuta la bataille avec 2500 hommes. Ils furent seulement 600 à revenir indemnes. Parmi tous les initiatives prises pour redonner vie à ceux de 1940, je voudrais évoquer le site Tenue31.fr, musée en ligne de l’officier français. Tenu par un passionné, Tenue31.fr a notamment fourni un gros travail en 2020 lors des 80 ans de 1940 au service de la mémoire des morts de la Bataille de France. Je vous encourage à pousser la porte de ce musée en ligne.

Je recommande la lecture de cet ouvrage. Tout d’abord car il remet en perspective la figure du général de Gaulle chef militaire. A ce titre, il est intéressant de croiser la lecture de De Gaulle sous le Casque (réédité en 2020 par Perrin) avec celle du Fil de l’Epée, livre dans lequel Charles de Gaulle, à travers le portrait du chef qu’il y brosse, dessine son propre portrait, qu’il mettra en action en 1940. Comme s’il n’attendait qu’une chose, une rencontre avec sa destinée. Enfin, je vous recommande le livre d’Henri de Wailly car il est une pierre apportée à un édifice mémoriel qu’il reste à bâtir, celui de 1940.

Juillet 2021.

 

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Sans doute conviendrait-il, au terme de cette de note de lecture consacrée à un ouvrage nourri de témoignages et sévère pour ses qualités militaires, de rappeler l'hostilité durable qu'a témoignée à de Gaulle, pour des raisons variées (c'était assurément comme on dit sottement aujourd'hui un personnage "clivant"), une grande partie du corps des officiers.
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