L’Aiglon, le rêve brisé de Napoléon, de Laetitia de Witt

Publié le par hogass_1864

L’Aiglon est un oublié de l’Histoire. Piégé entre Napoléon I et Napoléon III, son cousin, il ne fut présent dans l’Histoire de France que durant trois courtes années. Proclamé empereur des Français par son père dans la foulée de Waterloo, il fut vite écarté au profit de Louis XVIII. Elevé en Autriche, sa mort précoce à 21 ans le fit disparaître de l’Histoire. La mémoire lui trouva une place, notamment grâce à l’Aiglon, la pièce d’Edmond Rostand, et Sarah Bernhardt, qui incarna Napoléon II sur les planches. A Paris même, où il est enterré dans les Invalides, temple des gloires militaires françaises, son caveau occupe une discrète place aux côtés du monumental sarcophage de son père et échappe le plus souvent au regard du visiteur trop absorbé. A Laetitia de Witt est revenue la délicate tâche de redonner à ce personnage toute son épaisseur historique dans ce livre, l’Aiglon, le rêve brisé de Napoléon. Descendante de Jérôme Bonaparte, l’historienne s’était déjà attelée à une biographie de Victor Napoléon Bonaparte, son aïeul.

Loin de verser dans une hagiographie du roi de Rome, Laetitia de Witt nous livre un ouvrage tout en finesse, délicatement ciselé. La biographie débute en réalité bien avant la naissance du fils de Napoléon afin de nous présenter l’enjeu que représente un héritier mâle pour celui qui se veut le fondateur d’une dynastie Bonaparte. L’amour du père pour son fils, la pesante étiquette qui entoure le roi de Rome, illustration des espoirs placés dans le jeune garçon, les bouleversements causés par les défaites de Napoléon puis son abdication. Laetitia de Witt revient sur la période française de la vie du jeune Napoléon, avant qu’il ne soit emmené en Autriche pour devenir Franz, le duc de Reichstadt, ni archiduc d’Autriche, ni fils de l’ancien Empereur des Français.

L’aspect psychologique occupe une place prédominante dans l’ouvrage. La chute de l’Empire, la bascule d’une éducation française vers une éducation autrichienne, la mémoire du père, l’éloignement de la mère, partie régner à Parme, le statut intermédiaire au sein de la cour d’Autriche remplissent la vie d’un enfant devenu dès sa naissance un enjeu politique. C’est cet aspect psychologique qui permet de pleinement comprendre l’individu dont il est question, bien plus que dans d’autres biographies historiques où les sujets sont également acteurs. Les analyses de Laetitia de Witt sont passionnantes, nous font toucher la riche vie intérieure de cet empereur déchu sans avoir régné, devenu un prince autrichien rêvant de tracer sa voie dans les sillons de la gloire paternelle. Intelligent, ardent, mélancolique, devenu familier au lecteur grâce au minutieux travail de Laetitia de Witt, le duc de Reichstadt finit par disparaître de la scène, âge de seulement 21 ans. Porteur des rêves dynastiques de l’Empereur, l’Aiglon cède sa place en catimini et s’efface de l’Histoire.

Octobre 2021

 

Publié dans Biographie, Premier Empire

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