Les Maréchaux d’Empire, les paladins de Napoléon, de Walter Bruyère-Ostells

Publié le par hogass_1864

De Walter Bruyère-Ostells, j’avais particulièrement apprécié son livre (hélas épuisé mais disponible en ebook) la Grande Armée de la Liberté. Au printemps dernier, à l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon, cet auteur a fait paraître aux éditions Perrin un nouvel ouvrage intitulé les Maréchaux d’Empire, les paladins de Napoléon. Au nombre de 26, les maréchaux d’Empire appartiennent pleinement au patrimoine français. En témoignent la toponymie des rues dans les villes françaises (au premier plan, les boulevards des maréchaux à Paris) ou bien la place de choix qu’ils détiennent dans l’iconographie napoléonienne. Dans les armées circule cette expression « avoir une notation de maréchal d’Empire » pour désigner une notation exceptionnelle. De nombreux ouvrages ont été écrits sur les maréchaux, celui de Walter Bruyère-Ostells s’attache à dépasser l’approche purement biographique pour mettre justement mettre en perspective ce groupe restreint d’hommes amenés à jouer un rôle décisif dans l’histoire du Premier Empire. Les Maréchaux d’Empire, les paladins de Napoléon n’a pas vocation à être exhaustif : la riche bibliographie ouvre vers de nombreux autres livres pour qui s’intéressera à tel ou tel maréchal en particulier (je suggère par ailleurs la lecture des biographies de Bernadotte et Marmont, de Franck Favier).

Les Maréchaux d’Empire, les paladins de Napoléon se divisent en trois parties. La première partie répartit, après un historique du maréchalat, les maréchaux en cinq groupes. Walter Bruyère-Ostells l’écrit lui-même : cette typologie est discutable mais c’est justement son mérite, créer de la discussion. Cette partie déroule en parallèle la vie des vingt-six maréchaux au sein de chacun de ces groupes. Si le procédé permet de disposer des données biographiques essentielles pour chacun de ces hommes, la lecture n’est pas toujours fluide : trois maréchaux peuvent se succéder au sein d’un même paragraphe, sans que la transition ne soit claire.

Ce dernier point n’est somme toute qu’un défaut minime du livre. De manière générale, le style est au contraire fluide et agréable à lire. Cela permet d’accéder au coeur de l’ouvrage, les deux parties les plus intéressantes. La seconde partie du livre montre les maréchaux à des heures décisives de l’Empire. Rouages essentiels de la machine napoléonienne, ils sont absorbés dans celle-ci grâce à l’attention particulière que porte Napoléon à ces généraux qui, à l’aube de son ascension, auraient pu être ses rivaux. Loin de former un groupe homogène, les maréchaux d’Empire gravitent autour de l’Empereur sans lui être indéfectiblement liés. Bernadotte se trouve un nouveau destin en Suède tandis qu’en 1814-1815, la majeure partie des maréchaux se détache de Napoléon et poursuivent leurs carrières sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. 

La troisième et dernière partie est la plus passionnante et va au-delà du rôle joué par les maréchaux sur le champ de bataille. Elle tire le sujet vers le haut en replaçant ces hommes dans l’édifice politico-militaire érigé par Napoléon. Grands officiers de l’Empire du fait de la Constitution de l’an XII, les maréchaux tiennent également des fonctions administratives, diplomatiques et politiques. Ils sont, comme l’explique Walter Bruyère-Ostells, à la fois des agents de l’impérialisme français en Europe et les figures de proue de la nouvelle élite que cherche à créer Napoléon, trait d’union entre la monarchie déchue et l’Empire héritier de la Révolution. A ce titre, le développement sur les traditions militaires incarnées par les maréchaux, mêlant les vertus chevaleresques de l’Ancien Régime et le nouveau système militaire porté à son pinacle par les guerres révolutionnaires et impériales, est très intéressant. L’auteur ne délaisse pas la part intime en consacrant plusieurs développements aux maréchales mais également au rapport à la mort que peuvent entretenir les maréchaux.

Walter Bruyère-Ostells, avec qui j’ai eu le plaisir d’échanger, a laissé dans mon exemplaire du livre la dédicace suivante : « cet opus sur les maréchaux d’Empire pour une perspective sur des parcours d’officiers jusqu’aux plus hauts honneurs qui doivent continuer d’inspirer ». C’est en effet une mise en perspective stimulante qu’il propose à son lecteur. Walter Bruyère-Ostells nous propose un livre passionnant et redonne corps à ces hommes et ce qu’impliquait pour eux le bâton de maréchal. Cette approche par le haut préserve le lecteur d’une histoire anecdotique et lui donne de la matière à réflexion sur le chef militaire situé aux plus hauts niveaux, à la confluence du politique et du militaire.

Octobre 2021

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