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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

La Peur du peuple, Histoire de la IIe République 1848-1852, de Marie-Hélène Baylac

Parmi les cinq républiques qu’a connues la France, la IIe République paraît parfois oubliée. Comme coincée entre la Monarchie de Juillet et le Second Empire, elle fut la plus courte et mourut victime d’un coup d’Etat. Son histoire fut celle d’espoirs déçus et cristallisa les oppositions entre le socialisme naissant et la droite conservatrice avant de s’effacer devant le bonapartisme. Mais la IIe République légua aussi à la France l’une de ses institutions clés de son histoire contemporaine : le président de la République, élu au suffrage universel. Les multiples débats sur le rôle tenu dans la vie du pays par le détenteur de la magistrature suprême sont également un héritage de cette période agitée. Le livre de Marie-Hélène Baylac, la Peur du peuple, Histoire de la IIe République 1848-1852 est donc le bienvenu afin de remettre à jour ses connaissances sur le sujet.

Dans son livre, Marie-Hélène Baylac décrit bien les espoirs suscités par la révolution de février 1848 et la chute de Louis-Philippe. La proclamation du suffrage universel instaura l’idée que le peuple jouait désormais un rôle dans la vie publique et suscita l’esprit quarante-huitard. Las ! Ralliés à la république, faute d’autres solutions envisageables à court terme, les conservateurs (orléanistes et légitimistes), hantés par la peur du spectre rouge, n’eurent de cesse de rejeter le peuple en dehors de la vie publique (j’ajoute que le suffrage universel fut d’emblée incomplet : les femmes étant privées du droit de vote). Par-dessus cet antagonisme gauche-droite, un homme saisit l’opportunité constituée par l’élection au suffrage universel du président de la République (deux grandes premières : le mode d’élection et la fonction) et démontra toute son habilité dans la conquête d’un pouvoir sans partage. Installé à l’Elysée, soutenu par le parti de l’Ordre mais sous-estimé par celui-ci, Louis-Napoléon Bonaparte souffla le chaud et le froid et avança lentement mais sûrement ses pions pour s’emparer de la république. Une fois doté de tous les leviers du pouvoir, il réussit le tour de force de rallier à la fois les conservateurs en se présentant comme le garant de l’ordre et de s’imposer comme le champion de la volonté nationale en réinstaurant à son profit le suffrage universel. Le 2 décembre 1852, il enterra définitivement la IIe République. Celle-ci avait vécu. Dans la mémoire républicaine, la fonction présidentielle et son élection au suffrage universel étaient pour longtemps entachées de sang.

Il m’a fallu moins d’une semaine pour achever l’ouvrage. La Peur du peuple, Histoire de la IIe République 1848-1852 acquiert grâce au découpage en courts chapitres un rythme enlevé. Ce dernier, allié à une narration fluide, rend la lecture agréable. Le propos de Marie-Hélène Baylac prend la forme d’un récit plus que d’une analyse exhaustive. A mon niveau de connaissances de cette période historique, cela me convient parfaitement. Les références indiquées dans les notes orientent vers d’autres lectures plus approfondies, notamment Maurice Agulhon, qui pourront intéresser les personnes désireuses d’aller plus loin. J’ai pour ma part complété ma lecture par deux ouvrages d’histoire constitutionnelle, domaine qu’il me paraît important de creuser pour bien saisir les enjeux d’alors : les Constitutions de la France, de Maurice Duverger (un Que sais-je ?) et les Constitutions de la France depuis 1789, un recueil des textes constitutionnels français accompagnés chacun d’une présentation.

La Peur du peuple, Histoire de la IIe République 1848-1852, de Marie-Hélène Baylacest le récit de la vie et mort d’une république. Ce dernier constitue sans nul doute une matière à réflexions pour tout citoyen. Conjuguant avancées démocratiques et sociales mais aussi des reculs, la IIe République se heurte dès ses débuts à cette peur du peuple qui hante les conservateurs. Les tensions politiques et sociales se cristallisent lors d’insurrections populaires réprimées dans le sang. Des mécanismes constitutionnels inaboutis empêchent la résolution des conflits entre les institutions. De ce climat tendu émerge alors un homme providentiel. C’est au profit de son ambition que Louis-Napoléon Bonaparte exécute un coup d’Etat, c’est paradoxalement au nom du peuple qu’il le légitime. Alors les espoirs de 1848 s’éteignent définitivement.

Janvier 2022

 

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