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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Turenne, de Jean Bérenger


Le prestige de Turenne est immense : en témoignent l’admiration que lui vouait Napoléon Bonaparte, sa sépulture au cœur des Invalides, le panthéon militaire français, ou bien le nom donné à une promotion de Saint-Cyr pour le tricentenaire de sa mort. J’étais donc très intéressé de mieux connaître cet homme qui accumula les victoires et mourut là il où il vécut l’essentiel de sa vie : sur un champ de bataille. Publiée en 1987 chez Fayard, la biographie de Turenne, par Jean Bérenger, est encore considérée aujourd’hui comme la référence sur ce personnage majeur de l’histoire militaire française. Des réimpressions permettent de se procurer des exemplaires neufs de l’ouvrage, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Turenne, de Jean Bérenger, se divise en quatre grandes parties. Les trois premières suivent une progression chronologique et se plongent dans les origines familiales de Turenne, sa vie militaire et politique. J’ai trouvé ces trois parties plutôt inégales à lire. Si l’étude des origines familiales de Turenne, fils cadet d’une grande famille protestante, permet de mieux comprendre l’individu et ses motivations, si l’aspect politique de la vie de Turenne est méconnu et éclaire le rôle joué par ce grand seigneur dans la monarchie française, les récits de campagne s’enchaînent sans réelle saveur. Les nécessaires allers-retours vers les cartes placées en fin d’ouvrage n’aident pas à la fluidité de la lecture de ces passages que j’ai parfois trouvé ennuyeuse. Sur le plan militaire, c’est dans la conclusion que l’analyse de l’auteur se révèle, expliquant avec force et clarté ce qui constitua le socle du génie militaire de Turenne. Je ne voudrais pas paraître trop dur : tout l’intérêt de ce récit de la vie de Turenne réside dans le fait qu’il illustre très bien la carrière d’un grand seigneur de ce temps, au sein d’une société marquée par l’héritage des guerres de religion et la Guerre de Trente Ans. En cela, la lecture dépasse largement le cadre de l’individu Turenne et brosse le contexte social, religieux et politique du Grand Siècle et ses évolutions, notamment à partir du règne personnel de Louis XIV en 1661.

La quatrième partie se divise en plusieurs thématiques (Turenne et les femmes ; la religion de Turenne ; Turenne et la fortune des Bouillon) et approfondit certains aspects plus personnels de Turenne. Il s’agit notamment pour l’auteur de dissiper les légendes d’un Turenne désintéressé ou d’un Turenne converti au catholicisme par intérêt, mais également le rôle joué par les femmes de son entourage (sa mère, sa sœur, son épouse) dans la vie du maréchal. J’ai lu ces parties avec intérêt. Jean Bérenger démontre que Turenne fut un aristocrate fin gestionnaire de sa fortune. Il décrypte également le cheminement religieux de Turenne, et cela parvient à plonger le lecteur dans l’intime de son personnage.

Le Turenne de Jean Bérenger constitue une lecture solide sur un personnage majeur de l’Histoire de France. Je recommande cette lecture pour s’intéresse non seulement à ce maréchal dont la mémoire porte toujours ses échos dans le patrimoine militaire français, mais également à ce que pouvait être le parcours d’un grand seigneur du XVIIsiècle, au sein d’une France où les braises des guerres de religion rougeoient encore.

Janvier 2022

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