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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

La Guerre contre Paris, 1871 : l’armée met fin à la Commune, de Robert Tombs


L’envie de sortir de mes étagères la Guerre contre Paris, de Robert Tombs, m’est venue après avoir achevé la lecture de cet ouvrage sur l’histoire de la Deuxième République. Je désirais me plonger plus en profondeur dans l’histoire des insurrections parisiennes. La Commune de Paris constitue un objet encore brûlant dans la mémoire politique française. La nationalité britannique de l’auteur laissait notamment augurer d’un regard dépassionné sur cette question. Je n’ai absolument pas été déçu par l’approche de Robert Tombs, dont la lecture de son livre a été très enrichissante. La  Guerre contre Paris plonge son lecteur au cœur des rouages de cette machine lancée dans la répression, à tous les niveaux de la hiérarchie, mais également des forces fédérées, à la détermination et aux compétences très contrastées.

Dans la Guerre contre Paris, 1871 : l’armée met fin à la Commune, Robert Tombs se livre à une analyse du rôle jouée par l’armée française dans la Commune de Paris, de sa naissance en mars 1871 jusqu’à la Semaine sanglante. L’auteur met en relief un premier paradoxe : l’armée qui, le 18 mars, cède sans lutter face aux civils parisiens, n’est pas différente de celle lancée à l’assaut de la Commune. Ses soldats sont des conscrits, des combattants de la Défense nationale, mal équipés, mal entraînés, désorganisés par les mois de lutte face aux Prussiens. Loin du mythe d’une armée constituée de prisonniers de guerre d’origines rurales, libérés et avides de revanche contre Paris, Robert Tombs démontre que l’outil militaire employé afin d’écraser la Commune était considéré comme peu sûr aux yeux du gouvernement et des chefs militaires. La prudence dans la planification et la conduite des opérations manifeste ainsi le souhait des officiers généraux de ne pas risquer, à l’instar du 18 mars, un nouvel effondrement de l’outil militaire.

Dans ce cas, comment cette armée devint-elle l’instrument premier de la Semaine sanglante ? L’auteur, qui a dépouillé méthodiquement des cartons et des cartons d’archives, s’écarte des images communes de la répression aveugle d’une résistance héroïque du peuple parisien. Les combats furent en effet relativement peu meurtriers : l’armée régulière progressant avec prudence tandis que la majorité des Parisiens attendit passivement la fin des affrontements. Démontrant que la répression, sanglante, fut loin d’être aveugle, il place au premier rang des responsables les généraux, dont les impulsions furent décisives pour mener à bien les milliers d’exécutions de fédérés, avérés ou non. En cela l’analyse de Robert Tombs est passionnante car elle ouvre de nombreuses pistes de réflexions. Car ce fut une troupe, aux opinions politiques peu marquées, plutôt passive dans son comportement, qui fusilla sans états d’âmes des centaines de prisonniers livrés à la justice militaire. C’est ici qu’apparaît le caractère effrayant de cette guerre civile. Les fusilleurs n’étaient pas des hommes endoctrinés et assoiffés de sang. Ils furent les instruments passifs et obéissants d’une volonté des généraux versaillais de faire expier à Paris cet épisode insurrectionnel.

La lecture est passionnante, menée par une plume fluide et agréable à lire. Le propos est clair, méthodique et s’appuie sur de minutieuses recherches. L’auteur n’hésite pas à avouer son ignorance ou son incertitude lorsque ses recherches n’ont pu déboucher. J’apprécie toujours ce signe d’honnêteté intellectuelle. Enfin, l’ouvrage suscite la réflexion. Analyse triste mais implacable et dépassionnée du carnage de la Semaine sanglante, la Guerre contre Paris, de Robert Tombs, constitue une belle référence sur la Commune de Paris.

Février 2022

 

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