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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Aux origines du populisme, histoire du boulangisme (1886-1891), de Bertrand Joly

Ephémère mais flamboyant, le boulangisme fit trembler la République au rythme de l’ascension de Georges Boulanger, fringant général entré en politique. Sa chute, sa fuite et finalement son suicide lui valurent l’un des innombrables bons mots (cruels) de Clemenceau : « il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant ». Boulanger et le boulangisme sont évidemment bien plus que ça (même si je trouve une certaine justesse dans le mot de Clemenceau). Récemment parue, Aux origines du populisme, histoire du boulangisme (1886-1891), de Bertrand Joly offre aux lecteurs intéressés une copieuse et belle somme sur ce mouvement politique.

Le point détaillé sur l’historiographie du boulangisme est à cet égard remarquable et laisse entrevoir tous les enjeux du travail de l’historien. Dans ce cadre, Bertrand Joly fait un passionnant passage en revue de ce qui a été écrit, pour le pire et le meilleur, sur le boulangisme. Le décor est ensuite planté. Le paysage politique des années 1880 est une scène tourmentée, où les droites monarchistes et bonapartiste tiennent encore le haut du pavé tandis que le camp républicain se divise entre radicaux et opportunistes. Au milieu émerge le général Georges Boulanger, personnage difficile à cerner, dont il s’avère que l’ambition constitue en réalité le seul moteur. « Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse » pourrait caractériser l’idéologie boulangiste.

Le boulangisme fut une gigantesque illusion, incarné par un homme charismatique peu soucieux de de la valeur de sa parole et de la nature et qualité de ses alliés. La vague espérée n’est en fait qu’une écume. Dans son ascension puis sa chute, Boulanger ne s’occupe guère de structurer son mouvement ou de lui donner un corpus idéologique. C’est un solide travail de recherche et d’analyse fait par Bertrand Joly, qui démontre la coquille vide qu’est en réalité le boulangisme, que tient entre ses mains le lecteur.

L’ouvrage est minutieux et fouillé, au point que la densité du contenu peut égarer le lecteur. Le propos est parfois elliptique (avec la sensation que l’auteur coupe dans les virages : je me suis demandé s’il n’y avait pas eu un travail d’élagage du texte) et présuppose chez le lecteur des connaissances plutôt précises sur la période. J’ai souvent été souvent frustré lorsque l’auteur évoque tel fait ou tel personnage sans aller plus loin. Sans prétendre être spécialiste de la période, j’estime que quelques lectures passées m’ont permis d’acquérir un fond de sac sur le contexte, les événements, les acteurs des premières décennies de la 3e République. 

Cela n’empêche pas de savourer ce livre. Il sera difficile de lire ce dernier d’une traite (730 pages hors bibliographie) mais la qualité et la profondeur du travail de Bertrand Joly offrent un décryptage soigné des causes, faits et conséquences du boulangisme. Ce dernier s’éteint sans gloire tandis que son inspirateur, en exil, isolé et dépressif, se brûle la cervelle. Son héritage est cependant tangible dans la mesure où il accélère la recomposition politique des forces politiques de la IIIe République tandis qu’il constitua pour le radicalisme une inflexion idéologique, tout particulièrement dans le domaine institutionnel. Loin de tirer les leçons de la crise boulangiste, la IIIe République se fige dans une méfiance atavique du pouvoir exécutif ou de toute réforme constitutionnelle. Face au régime républicain, le populisme continue de prospérer. Une belle source de réflexion pour nous.

Mars 2022

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