L’Invention de la Présidence de la République, de Maxime Michelet

Publié le par hogass_1864


Invention : créer, découvrir, imaginer. Voici en synthèse les définitions que donnent le Robert et le Larousse de ce mot figurant dans le titre du dernier ouvrage de Maxime Michelet. Publié aux éditions Passés composés, l’Invention de la présidence de la République est une histoire du mandat présidentiel de Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III. Dans le contexte actuel d’élection présidentielle, ce livre vise à mettre en lumière l’institution clé de notre République et son héritage louis-napoléonien. Il ne s’agit donc pas d’une histoire de la IIe République pour laquelle le récent livre de Marie-Hélène Baylac, la Peur du Peuple, Histoire de la IIe République (1848-1852) offre une vision plus globale.

Ce n’est pas un essai de sciences politiques qu’a écrit Maxime Michelet mais bien un livre d’histoire. La démarche historique de l’auteur s’efforce de démontrer en quoi la conception gaullienne des institutions fut l’héritage d’une vision et d’une pratique du pouvoir forgée par Louis-Napoléon Bonaparte sous la IIe République. S’étalant de de 1848 (première élection, au suffrage universel qui plus est, d’un président de la République française) à 1852 (début du Second Empire), l’Invention de la Présidence de la République décrit le fonctionnement difficile des institutions républicaines nées de 1848, rencontre entre deux pouvoirs (législatif et exécutif) mais surtout entre la France et un homme, auréolé du prestige d’un nom glorieux, Louis-Napoléon Bonaparte. D’emblée, le suffrage universel constitue un formidable tremplin pour l’élu du Dix-Décembre, dont le glorieux héritage familial est désormais doublé du sacre de la volonté populaire. 

Bien loin d’un jouisseur abêti et inconséquent, Louis-Napoléon Bonaparte est en réalité un redoutable stratège politique. Le propos de Maxime Michelet souligne sa capacité à exploiter dans la durée l’onction du suffrage universel tout en se démarquant quand il le faut de ses anciens alliés du parti de l’Ordre. S’appuyant sur de multiples sources, le récit est détaillé et précis. Le lecteur doit veiller à ne pas rester captif de ce récit et ne pas se laisser fixer par la profusion de détails. A travers les discours de et autour Louis-Napoléon Bonaparte, c’est bien une vision d’une exécutif fort, autoritaire mais paradoxalement fondé sur le suffrage universel, qui apparaît.

A travers l’histoire du mandat présidentiel de Louis-Napoléon Bonaparte, l’Invention de la présidence de la République constitue ainsi une mise en lumière efficace des conceptions institutionnelles du premier président de la République et dernier monarque français. Loin de « Napoléon le Petit », Maxime Michelet démontre l’habilité politique du futur Napoléon III mais également sa capacité à recueillir l’héritage institutionnel du Premier Empire tout affirmant son originalité vis-à-vis de son oncle. Nourri par le legs napoléonien et un demi-siècle d’expériences constitutionnelles très diverses, Louis-Napoléon Bonaparte a en effet créé par sa pratique et sa conception une institution dont nous, citoyens français, recueillons encore aujourd’hui les caractéristiques. Il m’a manqué la profondeur d’une comparaison poussée entre Louis-Napoléon Bonaparte et Charles De Gaulle (qui, à la réflexion, me paraît sur ce plan bien plus pertinente que celles que l’on peut trouver habituellement entre le fondateur de la Ve République et Napoléon Ier) pour aller au bout de la thèse du livre (à mon sens tout à fait juste), mais ce n’est pas le coeur de l’ouvrage. Ce dernier constitue une solide base afin non seulement de consolider ses connaissances sur la période mais surtout d’enrichir sa réflexion. 

Avril 2022
 

Publié dans Histoire

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