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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Le Régent : Philippe d’Orléans, l’héritier du Roi-Soleil, d'Alexandre Dupilet


Dans la mémoire française, la dynastie des Orléans est principalement rattachée au règne de Louis-Philippe (1830-1848) et à l’orléanisme, principal courant du royalisme en France. Quant à l’arrière-arrière-grand-père du dernier roi français, celui-ci a laissé une trace bien plus faible, ou alors déformée. Né en 1674, mort en 1723, le duc Philippe d’Orléans fut le neveu de Louis XIV et se hissa au sommet du pouvoir à la mort de son oncle en exerçant la fonction de régent au nom de Louis XV durant sa minorité. Cette période laissa sa marque sur Philippe d’Orléans qui est également connu comme le Régent. Comme évoqué plus haut, ce dernier n’est pas doté de la meilleure réputation. C’est tout le mérite de cette récente biographie écrite par Alexandre Dupilet, le Régent : Philippe d’Orléans, l’héritier du Roi-Soleil, qui creuse en profondeur le personnage et ainsi nuancer les jugements que l’on pourrait porter sur lui.

Les travaux antérieurs d’Alexandre Dupilet montrent qu’il est un fin connaisseur de la Régence et de ses acteurs. Auteur d’une thèse (ultérieurement publiée) sur cette période et son gouvernement par conseils, biographe du cardinal Dubois, précepteur, conseiller, agent de Philippe d’Orléans, Alexandre Dupilet aborde son personnage avec une base solide. J’ai notamment trouvé très intéressant le fait qu’il ait d’abord étudié son précepteur, fonction en apparence secondaire. Le rapport quotidien entre un précepteur et son élève créent de puissants liens qui, dans ce cas, ont perduré des décennies plus tard. Il est indéniable que cette étude approfondie de la vie du cardinal Dubois (dont je connaissais vaguement le nom jusque-là) a irrigué la réflexion et les recherches d’Alexandre Dupilet sur le duc d’Orléans. Cet angle d’approche a visiblement éclairé de nombreux aspects qui permettent d’aborder les principales sources traditionnelles sur le Régent (l’œuvre monumentale du duc de Saint-Simon, ami de longue date de Philippe d’Orléans, qui a notamment inspiré ce très beau livre dont le Régent est l’un des personnages, et la correspondance de Madame, mère du duc).

Ces bases solides offrent au lecteur un ouvrage plaisant à lire. Philippe d’Orléans apparaît sous la plume de son biographe comme un être brillant. Attachant, excessif, intelligent, doté d’un réel sens artistique, le futur Régent vit dans l’ombre de son prestigieux oncle et de sa prolifique descendance. Bridé dans sa carrière militaire malgré la démonstration de ses compétences, il ne tient aucun rôle politique et occupe son temps entre l’art, la science et une vie dissolue. La disparition brutale de plusieurs héritiers du trône le ramène au premier plan : le futur roi Louis XV sera mineur lors de son avènement et il lui faudra un régent. Je ne détaille pas le contenu du livre si ce n’est pour dire que sans être exempt d’erreurs, Philippe d’Orléans révèle dans ce rôle un très grand sens politique et s’acquitte avec loyauté de sa tâche : transmettre le pouvoir royal intact à Louis XV. Alexandre Dupilet se montre passionnant lorsqu’il détaille les tiraillements du Régent entre la fidélité de l’héritage louis-quatorzien et la politique (notamment étrangère) que son pragmatisme lui commande de mener. L’auteur est tout aussi intéressant à lire lorsqu’il nuance les intentions libérales attribuées à Philippe d’Orléans ou une vision trop découpée de la Régence. Le Régent fut un produit de la monarchie absolue et c’est bien celle-ci qu’il souhaitait transmettre à Louis XV.

Le propos est clair et bien mené. Le lecteur ne s’ennuie pas tout au long de cette biographie. Le Régent y contribue : au-delà de l’homme politique, Alexandre Dupilet parvient à nous montrer le caractère attachant d’un individu haut en couleurs dont le rôle au premier rang de l’histoire de France se limita à quelques années. Comme l’évoque Alexandre Dupilet dans sa très belle conclusion, il ne put donner la pleine mesure de ses talents. Avec esprit, l’auteur nous offre une ouverture qui laisse imaginer ce qu’aurait pu être le Régent s’il avait tout simplement été roi.

Juillet 2022

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A
Merci pour votre belle lecture. Cela fait plaisir de voir que ce livre continue de vivre et d'avoir de nouveaux lecteurs, qui se passionnent pour ce personnage.
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E
Et merci à vous de nous avoir cette lecture !