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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Les Maréchaux de Staline, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri


Ce n’est pas la première fois que Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri apparaissent ici. J’avais particulièrement apprécié la lecture de leurs ouvrages Barbarossa 1941, la guerre absoluel’opération Bagration, la revanche de Staline (été 1944)Kharkov 1942, le dernier désastre de l’Armée rouge. Les Maréchaux de Staline, écrit à quatre mains par Lasha Otkhmezuri et Jean Lopez, les rejoint désormais dans la pile des livres lus. Que retenir de cette lecture ? 

Les Maréchaux de Staline, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, propose 17 portraits de maréchaux de l’ère stalinienne. Tous les maréchaux nommés par Staline n’y figurent pas. Les deux auteurs expliquent dans leur introduction leur méthode, assez claire de sélection, des portraits. Ces derniers couvrent les plus figures les plus illustres de l’histoire militaire soviétique mais également d’autres bien obscures. Leurs parcours révèlent toutes sortes de points communs et des divergences : anciens de l’armée tsariste, bolcheviks de la première heure, théoriciens brillants, meneurs d’hommes. Pour ces invididus, la Première Guerre mondiale et la révolution russe ont représenté un tournant majeur dans leurs vies. Les Maréchaux de Staline montre bien en quoi l’onde de choc révolutionnaire peut bouleverser une destinée et comment des individus parviennent à gravir les échelons d’une organisation. Dans le contexte soviétique, cela se traduit par des comportements aussi divers que la brutalité, la soumission, le mensonge, la dissimulation, la compromission. Les maréchaux de Staline sont avant tout des hommes pris dans l’étau stalinien. Ce qui les lie tous est leur dépendance à Staline, si ce n’est la terreur qu’ils ressentent pour lui. Les Grandes Purges représentent à ce titre un goulet d’étranglement dont certains payent la traversée de leur vie (Toukhatchevski en premier lieu).

Chaque portrait est long de trente à cinquante pages. Pour les maréchaux qui ont combattu durant la Seconde Guerre mondiale, cette dernière représente naturellement une part non négligeable de leurs portraits. Au prix toutefois d’un déséquilibre : le récit des faits et gestes des personnages du livre entre 1941 et 1945 descend à un niveau souvent excessif de détails. L’ampleur du travail effectué durant des années par les deux auteurs trouve ici le défaut de sa qualité : à trop connaître leur sujet, ils en écrivent trop. Or, cela ne tire pas l’ouvrage vers le haut dans la mesure où le lecteur se retrouve souvent perdu dans l’énumération d’opérations dans de multiples localités d’Europe de l’Est. De plus, si des cartes sont bien présentes, elles sont situées en fin d’ouvrage et se limitent à la guerre civile russe et à la guerre soviéto-polonaise de 1920. Le propos perd en clarté et en rythme. Sur les questions de la formation des officiers, de leurs parcours professionnels (et plus largement des officiers supérieurs soviétiques, Red Commanders : a Social History of the Soviet Army Officer Corps (1918-1991), de Roger R. Reese apporte bien plus de profondeur là où les Maréchaux de Staline n’aborde que superficiellement et souvent factuellement le sujet. 

Ce sont des défauts mineurs. Les Maréchaux de Staline offre en effet l’opportunité à un lectorat francophone de découvrir un certain nombre de protagonistes de la machine militaire soviétique, notamment les plus méconnus, et cela constitue un excellent point en termes d’ouverture vers une histoire militaire soviétique mal connue ou mythifiée. Indirectement, le livre, qui se lit aisément, offre à travers le prisme militaire un aperçu de ce que fut l’URSS stalinienne, une société brutale dont l’une des principales dynamiques sociales fut la terreur.

Juillet 2022
 

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