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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

A l’Ouest, rien de nouveau (film)

Fin novembre 2022, une adaptation d’A l’Ouest, rien de nouveau, roman d’Erich Maria Remarque, est sortie sur Netflix. Cela doit faire une bonne quinzaine d’années que je n’ai pas lu ce livre, j’ai le souvenir qu’il m’avait marqué par sa force. Je me souviens également avoir vu une première adaptation cinématographique de 1930, toute aussi forte. C’est donc tout naturellement que j’ai regardé la version de 2022.

Je ne crois pas utile de se crisper sur les invraisemblances du film (j’ai principalement tiqué sur le mot de conclusion en totale contradiction avec la nature des opérations en 1918). Le centenaire de 14-18 a eu pour conséquences une importante production écrite et audiovisuelle offrant des sources précises et rigoureuses sur ce conflit. L’objet de cette adaptation est ailleurs : restituer l’absurdité des morts du dernier quart d’heure, notamment en la cristallisant dans un scénario qui n’est pas la réalité historique. Les scènes de combats obéissent aux clichés de la charge à la baïonnette à travers le no man’s land, omettant de mettre à l’écran la complexité du combat tactique en 1918. Certaines dynamiques transparaissent toutefois, notamment lors de la contre-attaque blindée française qui montre clairement la supériorité matérielle et technique atteinte par l’armée française de 1918 (Les Vainqueurs - Comment la France a gagné la Grande Guerre, de Michel Goya). L’adaptation trouve le ton juste en recréant une atmosphère, celle de l’armée allemande de novembre 1918, en pleine déliquescence. Derrière cette dernière, derrière le soulagement et l’espoir des combattants perce déjà une suite hélas bien connue. A ce titre, les scènes de négociation de l’Armistice dans le wagon de Rethondes viennent ponctuer le récit et sont particulièrement intéressantes. Si à mon sens, elles hachent le rythme du film (et mériteraient en fait un long-métrage à part entière : il y a un film à huis-clos à faire sur la signature de l’Armistice je pense), elles nous montrent un Diktat et un mythe naissant du coup de couteau dans le dos qui sont déjà au cœur des discussions des officiels allemands, civils et militaires.

Sur le plan esthétique, A l’Ouest, rien de nouveau se caractérise par la recherche d’un réalisme cru. C’est dans la boue, la crasse, le sang que nous plonge la caméra. Les reconstitutions des tranchées, des uniformes, de la vie au camp (le pointilliste y trouvera sans nul doute toujours à y redire) sont à tout à fait crédibles.  La guerre est sale et salit, jusqu’au fond de leur âme, contre toute leur bonne volonté, ceux qui y sont jetés. La scène de recyclage des uniformes des soldats morts au tout début du film (dont je doute de la véracité historique) est une métaphore de ce cycle infernal guerrier : la guerre, sale de l’intérieur, apparaît sous un aspect propre et neuf de l’extérieur, vient saisir de nouvelles âmes pour déployer devant elle toute sa brutalité. La guerre emporte les hommes, les écrase, les broie. Ici se trouve le cœur du film et je pense que c’est juste.

J’ai apprécié cette adaptation d’A l’Ouest, rien de nouveau (qui s’éloigne assez du fil narratif du roman). Il y a des choses à redire sur le plan historique. Il y a des longueurs (mais c’est le cas pour tout soldat en réalité). La bande originale peut surprendre (tout en se mariant bien avec l’esthétique du film à mon sens). Mais il y a également une force. Celle qui montre des combattants dépassés par ce qui les entoure et s’efforcent, souvent inutilement, de se frayer un chemin vers la fin de la guerre. En ce 11 Novembre 2022, c’est pour eux que j’ai une pensée.

Novembre 2022

 

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