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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942, de David Glantz


Au printemps dernier, j’avais lu avec plaisir l’étude de David Glantz sur l’offensive stratégique soviétique de Mandchourie de 1945. J’avais tout particulièrement apprécié le caractère très fouillé de son travail, notamment les aspects liés à la logistique ou à la planification. En cela, l’historien militaire américain démontrait et illustrait le rôle clé de ces deux facteurs dans une campagne. En l’occurrence, en Mandchourie, l’Armée rouge avait démontré sa maîtrise de la manœuvre à l’échelle du théâtre d’opérations. Si le rapport de forces était écrasant, c’est bien l’expérience acquise par ses cadres qui lui a permis d’atteindre ses objectifs en un temps court sur un terrain difficile. En 1945, l’Armée rouge est au sommet de son art. Ce sommet a eu un coût, et c’est ce que nous montre bien David Glantz dans Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942.

Les lecteurs habituels de ce blog l’ont peut être constaté : j’ai un faible pour les situations ou les personnages peu connus, souvent restés dans l’ombre. C’est ce qui m’avait guidé vers mes lectures sur la Mandchourie, vers la bataille des Quatre-Bras le 16 juin 1815 plutôt que sa grande sœur Waterloo deux jours plus tard. Le sujet de Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942. Quel est-il ? En novembre 1942, après un second été de désastres, les Soviétiques reprennent l’initiative et déclenchent une série d’offensives, dites des dieux en raison de leurs noms de code (Uranus, Mars, Saturne, Jupiter). La plus connue est Uranus, l’opération aboutissant à l’encerclement et in fine la reddition de la 6e Armée allemande dans Stalingrad. L’opération Mars prend quant à elle place bien plus au nord et vise à la réduction du saillant de Rzhev, défendu par la 9e Armée allemande, qui depuis un an fait peser une menace sur Moscou. Joukov, l’un des principaux chefs militaires soviétiques (voir cet recueil de biographies des maréchaux de Staline), est placé à la tête de cette opération qui déploie d’importants moyens. Si l’Armée rouge apparaît comme une force alimentée par une masse inépuisable d’hommes et de matériels, à ce stade de la guerre, le fait qu’elle soit capable de planifier et exécuter plusieurs offensives simultanément est une surprise. Malgré l’ampleur des moyens (supérieurs à ceux d’Uranus) et l’acharnement de Joukov, Mars est un échec sanglant.

De ce point de vue, la lecture du récit de l’opération Mars, une longue succession d’assauts soviétiques brisés et hachés par les défenseurs allemands, m’a fréquemment paru fastidieuse. Je n’ai pas retrouvé dans Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942 la même précision et minutie déployées par David Glantz dans l’analyse et la description des forces en présence, de leurs doctrines, de leurs équipements, de leurs situations humaines et logistiques. Il faut attendre l’épilogue pour lire David Glantz remettre en perspective l’ensemble des actions, leurs causes et leurs conséquences. Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942 acquiert tout son intérêt dans le cadre d’une prise de hauteur sur la nature et le déroulement offensives soviétiques. Ce qui est frappant dans l’opération Mars est le constat d’une Armée rouge doté d’importants moyens, d’idées de manœuvre conceptuellement cohérentes et ambitieuses mais sans les compétences pour atteindre ses objectifs. Le contraste avec l’offensive de Mandchourie de 1945 est saisissant. Si durant l’opération Mars, les Soviétiques sont confrontés à des troupes allemandes expérimentées, solidement retranchées et manœuvrières, commandées par un de leurs plus redoutables généraux, Model, les généraux et les états-majors rouges n’ont pas encore acquis la capacité de planifier et conduire une offensive de cette échelle. A Rzhev, les Soviétiques reçoivent une sanglante leçon, au prix de la vie de milliers d’hommes.

Je ne lu que deux ouvrages de David Glantz. Je ne saurais par conséquent dire comment se positionne Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942 par rapport à l’ensemble de ses travaux. Il est néanmoins clair que ce n’est pas la première lecture que je recommande sur le front de l’Est. C’est un ouvrage austère, aride par son sujet et son style qui nécessite un fond de sac sur l’Armée rouge et la Seconde Guerre mondiale à l’Est pour être vraiment apprécié. Cette liste de lectures sur l’art de la guerre soviéto-russe contient quelques pistes plus accessibles. J’ai émis plus haut quelques réserves sur le caractère parfois fastidieux de la lecture de Zhukov’s Greatest Defeat – The Red Army’s Epic Disaster in Operation Mars, 1942. Toutefois, un point compense et justifie la lecture de cette ouvrage : se rappeler des morts de cette opération, dont les noms ont été oubliés dans les neiges de l’hiver 1942.

Novembre 2022

 

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