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L'an dernier, je publiais la recension de Kharkov 1942, le dernier désastre de l’Armée rouge, de Jean Lopez. Cet ouvrage inaugurait alors la nouvelle collection Champs de Bataille co-éditée par éditions Perrin et le ministère des Armées. Dirigée par le même Jean Lopez, elle propose dans un format relativement court (environ 300 pages) une histoire-bataille rénovée, aux perspectives élargies et non limitées aux combats du coin du bois. Après Kharkov 1942 et Crécy 1346, Verdun 1916 - la guerre de mouvement dans un mouchoir de poche est le troisième ouvrage de cette collection. Lorsque j'étais élève-officier à Saint-Cyr, j'ai suivi l'enseignement en Histoire militaire de Michaël Bourlet, auteur de ce livre alors officier-historien de l'armée de Terre. Ces dernières années, j'ai également eu l'occasion d'échanger avec lui à plusieurs reprises sur Twitter. J'ai donc été très heureux de pouvoir lire son livre portant sur un moment fort de l'histoire militaire française.
Comme le souligne Michaël Bourlet dans son livre, la bataille de Verdun ("hyperbataille") est dotée d'une puissante charge mémorielle en France, à remettre toutefois en perspective avec celle existante en Allemagne. Il est donc très bien qu'un ouvrage synthétique, dont l'objet est de porter auprès du grand public, une bataille majeure, ses causes, ses enjeux, ses conséquences, ses perspectives, son héritage, soit publié. Dans cette optique, Verdun 1916 - la guerre de mouvement dans un mouchoir de poche, de Michaël Bourlet, est un livre d'accès aisé. Le récit des opérations ne s'appesantit pas sur des détails micro-tactiques et ne les évoque que pour souligner l'intensité de la bataille et l'enfer dans lequel étaient plongés les combattants. Il est plus ponctué de pauses didactiques sur les évolutions tactiques (infanterie, artillerie notamment) des deux belligérants.
Sur le fond, le sous-titre du livre "la guerre de mouvement dans un mouchoir de poche" a particulièrement accroché mon attention. Verdun, considéré comme la bataille d'usure par excellence, pourrait être également considérée comme l'archétype de la guerre de position. Ce sont pour quelques kilomètres carrés, des bouts de tranchées dévastées, des bois anéantis par les obus que se battent et meurent des centaines de milliers d'hommes. Sur le plan stratégique, la bataille n'a eu guère d'incidence sur le tracé global de la ligne de front ou l'issue du conflit. Hormis des milliers de lignes macabres gravées sur les monuments aux morts de France et d'Allemagne, Verdun serait par essence une bataille de position. Le champ de bataille est en réalité très dynamique. De taille restreinte, il est le théâtre de mouvements défensifs et offensifs permanents. Loin d'être un choc de masses aveugles, la bataille n'est pas dénuée d'une certaine finesse tactique : la mise en action d'autant d'hommes et de matériels sur un terrain difficile (dévasté par l'artillerie, alternant ravins, points hauts et points fortifiés) et défavorable à la manœuvre est une chose complexe. Elle requiert de la part des états-majors un important de travail de coordination et de planification (surplombant l'expérience des tranchées, cette thématique me passionne personnellement. Sur ce sujet : lire Verdun, pourquoi l'armée française a-t-elle vaincu ? de Claude Franc). Cette mécanique bien huilée peut toutefois buter sur de multiples grains de sable comme ces combattants dont l'horizon ne dépasse pas quelques dizaines de mètres et prennent l'initiative de tenir sur place ou d'avancer audacieusement. A l'échelle de la bataille, la machine avance pesamment, tiraillée de toutes parts par ces multiples initiatives locales. Michaël Bourlet le montre bien : la guerre des tranchées n'est pas une bataille figée, tout particulièrement à Verdun.
L'ouvrage est synthétique tout en ayant un angle d'approche élargi. Cela permet donc au lecteur désireux d'approfondir tel ou tel sujet en lien avec la bataille (mémoire, récit d'ancien combattant, approche tactico-opérative) de pouvoir aller chercher la référence qui l'intéresse. Le caractère synthétique de Verdun 1916 n'est pas un problème : c'est d'ailleurs la vocation de la collection Champs de Bataille. Quelques années après la fin des commémorations de la Première Guerre mondiale, il est bon de voir le paysage éditorial toujours aussi rempli de publications sur ce conflit. Un tel ouvrage, écrit par un ancien militaire donc doté d'une compréhension des questions tactiques, possède une indéniable plus-value pour enrichir sa culture militaire. Au cours des mes récents échanges sur internet avec l'auteur, ce dernier me confiait que "les élèves-officiers que j'ai eu l'honneur d'instruire ont nourri mon inspiration". Je lui souhaite que son livre nourrisse à son tour la leur.
Avril 2023.