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L’étude d’une bataille peut adopter plusieurs formes. Elle peut se limiter à une narration factuelle du combat ou bien adopter une perspective plus large (contexte stratégique, cheminement vers la bataille, conséquences immédiates et lointaines, mémoires). Certains récits sont une minutieuse reconstitution heure par heure de la bataille, d’autres balayent cette dernière de manière plus synthétiquement. Le point de vue peut être celui des commandants (armées et grandes formations subordonnées) ou celui des simples combattants. A titre personnel, je suis sensible aux études qui dissèquent les dynamiques de la bataille, c’est-à-dire ce qui permet d’identifier et analyser les différents points de bascule, les conditions de prises de décision des chefs tactiques ou la manière dont les combattants absorbent, surmontent le choc du combat ou au contraire sont brisés par celui-ci. Decisions of the Seven Days – The Sixteen Critical Decisions That Defined the Battles appartient à une collection intitulée Command Decisions in America’s Civil War. Ecrit par Matt Spruill, officier à la retraite de l’US Army, cet ouvrage propose un angle d’approche susceptible de m’intéresser.
Parmi les campagnes et batailles de la Guerre de Sécession, celle de la Péninsule de Virginie (mars-juillet 1862) présente un immense intérêt en tant qu’objet d’étude stratégique et tactique. Un an après le début de la guerre civile américaine, l’Union reprend l’initiative stratégique en planifiant et exécutant une opération amphibie d’envergure. Une armée complète (plus de 100 000 hommes) est projetée loin de ses bases afin de déclencher une offensive terrestre contre Richmond, la capitale confédérée. La Confédération est sérieusement mise en péril. Trois mois plus tard, l’armée fédérale a levé le siège et finit par évacuer la Péninsule. L’abandon d’une opération potentiellement très fructueuse stratégiquement est la conséquence de la bataille des Sept Jours (25 juin-1er juillet 1862). Comme son nom l’indique, celle-ci voit s’affronter durant une semaine l’Armée de Virginie du Nord de Robert E. Lee à l’Armée du Potomac de George McClellan. Comment sont coordonnées les actions navales et terrestres ? Presque un an après la Première Bataille de Bull Run, comment les deux armées sont-elles montées en puissance ? Pourquoi et comment l’armée fédérale, en position de force, a-t-elle été contrainte de lever le siège de Richmond ?
Comment l’écrit Matt Spruill dans son introduction, son livre n’est pas un récit détaillé de la Bataille des Sept Jours. Le lecteur désireux de se plonger dans cette lecture aura besoin de connaissances préalables sur cet affrontement ou plus largement sur la Guerre de Sécession, notamment l’organisation et l’emploi des armées. L’auteur étudie avant la bataille des Sept Jours à travers le prisme de « critical decisions ». Ces décisions critiques déterminent de manière décisive la suite des événements, non seulement sur la bataille en cours mais également sur la campagne, voire la guerre. Matt Spruill identifie 16 décisions critiques prises à divers niveaux de commandement. Chacune est analysée selon la même grille : Situation / Options / Décision finale / Conséquences (et parfois décision alternative). Plus que décision critique, j’ai personnellement une préférence pour la notion de point de bascule, c’est-à-dire le moment où le combat prend un cheminement irréversible. Le point de basculer me paraît ouvrir plus de perspectives et permet d’englober d’autres facteurs que la seule prise de décision tels que la météo ou la population qui ne sont pas forcément maîtrisés par les différents acteurs. La prise de décision reste néanmoins un élément majeur du point de bascule. Cet angle d’approche est intéressant afin d’éclairer la planification et la conduite de la bataille de Sept Jours. En termes de réflexion tactique, je trouve particulièrement stimulant de déterminer et exposer, comme le fait l’auteur, les différentes options qui se présentent aux chefs tactiques de tous niveaux. Ces options ne constituent pas des recettes toutes faites utilisables n’importe où et n’importe quand. Mais ce genre de réflexion exerce l’esprit à identifier un problème tactique puis le résoudre.
Decisions of the Seven Days – The Sixteen Critical Decisions That Defined the Battles reste une lecture de niche plutôt destinée aux passionnés de la Guerre de Sécession. Comme cela a été évoqué plus haut, un fond de sac sur la guerre civile américaine est nécessaire pour pleinement appréhender le contenu du livre. Il ne s’agit pas non plus d’un livre indispensable, plutôt une lecture complémentaire sur la passionnante campagne de la Péninsule. Sur celle-ci, j’avais lu il y a une dizaine le livre de l’historien américain Stephen Sears, To the Gates of Richmond: The Peninsula Campaign, et avais trouvé que c’était une première bonne base.
Avril 2024
Autre suggestion de lecture : Campaign Plan Failure : an analysis of the of the Peninsula Campaign of 1862 and its implications to current joint doctrine, mémoire écrit par un lieutenant-colonel américain de l'US Army War College en 1996.