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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, wargame, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Un Officier français dans la Guerre de Sécession, de Régis de Trobriand

Dans son excellent livre les Français dans la Guerre de Sécession, 1861-1865, Farid Ameur met en relief plusieurs figures françaises ayant participé à ce conflit. Parmi elles, Régis de Trobriand se place au premier rang. Colonel commandant le 55e New York, régiment de volontaires majoritairement français dont l’équipement est inspiré de celui de l’armée impériale (pantalon garance, capote bleu ciel et képi rouge), Trobriand se distingue du reste des officiers volontaires français. Contrairement au flamboyant et instable Cluseret (saint-cyrien qui arborait sa légion d’honneur sur sa tunique de brigadier général), il combat jusqu’à la fin de la guerre. En outre, devenu non seulement officier général et commandant de brigade, il poursuit sa carrière militaire après la guerre dans les rangs de l’US Army. En 1867, deux ans après la victoire de l’Union, il prend la plume et publie ses souvenirs sous le titre Quatre Ans de Campagne à l’Armée du Potomac. En 2024, ces mémoires sont rééditées sous le titre un Officier français dans la Guerre de Sécession – mémoires présentés par Vincent Bernard.

L’ouvrage réédité par Passés composés est une version abrégée. Comme l’explique Vincent Bernard, le texte de Trobriand est plein de digressions et de considérations sur d’autres théâtres d’opérations, l’actualité politique ou d’autres personnages aujourd’hui obscurs. C’est une question de choix et Vincent Bernard explique clairement sa ligne de conduite dont l’objectif est de fluidifier et clarifier la lecture. Tout au long de l’ouvrage, des notes de bas de page résument ces passages supprimés. Pour celle ou celui qui voudra lire la version intégrale, elle est disponible sur Gallica (tome 1 et tome 2). En incluant la présentation générale du texte par Vincent Bernard, la version abrégée atteint les 416 pages.

Pourquoi lire les mémoires de Trobriand ? Plusieurs angles d’approche, complémentaires, s’offrent au lecteur. Le premier est celui d’un prolongement du livre de Farid Ameur. Pour qui s’intéresse aux Français dans la Guerre de Sécession, l’ouvrage fournit un exemple d’intégration d’un immigré français (de surcroit aristocrate légitimiste devenu citoyen de la république américaine dans le cas de Trobriand) vu de l’intérieur. Plus largement, cela s’applique aux officiers originaires d’autres pays européens. De plus, l’intégration réussie de Trobriand au sein de la société et de l’armée nordiste permet d’aller plus loin. La carrière d’officier volontaire de Trobriand recoupe en effet celle d’autres officiers nordistes. Participant aux principales opérations de l’Armée du Potomac, (Péninsule 1862, Fredericksburg 1862, Chancellorsville 1863, Gettysburg 1863, Petersburg 1864-1865, Appomattox 1865), Trobriand nous donne un témoignage direct de la vie militaire sur le théâtre d’opérations Est. Les différents commandements exercés par Trobriand (régiment puis brigade, ponctuellement division et même corps) permettent de naviguer entre différents niveaux, du ras du sol jusqu’à proximité du sommet. Trobriand livre d’ailleurs dans un passage une juste description de ce que perçoit de son environnement un commandant de régiment engagé dans la bataille. D’un point de vue littéraire, les mémoires de Trobriand ne sont pas dénués d’intérêt. L’auteur possède une plume aiguisée. La lecture est agréable, facilitée pour le néophyte par les notes de bas de page de Vincent Bernard qui donne du contexte à certains passages de Trobriand. Ce dernier offre au lecteur quelques très beaux passages. L’officier franco-américain saisit avec justesse la fièvre de la bataille. Dans son récit de la bataille de Chancellorsville, il fait ainsi ressentir au lecteur l’ambiance oppressante et confuse du combat de nuit. Durant le deuxième jour de Gettysburg, la brigade de Trobriand est au cœur de la fournaise. Sous sa plume, le lecteur revit ces quelques heures de combat féroce durant lequel le IIIe Corps fédéral est disloqué par l’assaut de Longstreet. Enfin, après la bataille vient l’heure de compter les morts et relever les blessés. Je retiens un superbe paragraphe dont le cœur est la description du corps sans vie d’un soldat fédéral, gisant tel le Dormeur du Val de Rimbaud.

Ces mémoires s’intègreront sans peine dans la bibliothèque de tout lecteur intéressé par la Guerre de Sécession. Tout n’est pas que bataille au cours d’un conflit. Au-delà du fait d’être un Français parfaitement intégré dans la hiérarchie militaire fédérale, Régis de Trobriand livre un témoignage juste et clair de la vie militaire.

Avril 2024

 

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