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Éclectisme des goûts : lecture, Histoire, défense, wargame, Star Wars. Des choses à partager et faire découvrir au gré de l'inspiration.

Les Vichysto-résistants, de Bénédicte Vergez-Chaignon

 


Biographe reconnue de Pétain, Bénédicte Vergez-Chaignon est une historienne spécialiste du régime de Vichy. Parmi ses publications figure un livre au titre en forme d’oxymore : les Vichysto-résistants. Initialement publié en 2008, cet ouvrage a été réédité en 2016 en format poche. Je suis tombé dessus par hasard en entrant dans une librairie. A la fois pour soutenir cette dernière et attiré par ce titre intrigant, je l’ai acquis. Outre son titre, les Vichysto-résistants attire l’œil par sa photo de couverture : un jeune François Mitterrand, encore dans la vingtaine, face à Pétain chef de l’Etat. Bénédicte Vergez-Chaignon revient sur la manière dont cette photographie ressurgit un demi-siècle plus tard lorsque le journaliste Pierre Péan publie son livre Une jeunesse française (portant sur les débuts en politique du futur président de la République). Le cas Mitterrand est le point d’accroche et une étape majeure d’un sujet plus vaste.

Que sont les vichysto-résistants ? Bénédicte Vergez-Chaignon définit ainsi ce terme : « les partisans de la personne ou des idées de Pétain, ou des personnes qui travaillaient dans les organismes de Vichy, et qui sont devenus des résistants à part entière ». C’est justement à partir de la parution du livre de Pierre Péan que le terme s’installe dans l’historiographie. Face à l’incompréhension qu’il suscite, au paradoxe qu’il renferme, Bénédicte Vergez-Chaignon consacre à ce sujet un copieux ouvrage (800 pages, hors notes et bibliographie). Malgré l’épaisseur de l’ouvrage, la densité du propos, ce travail se dévore. L’historienne expose très clairement comment une partie de la société française, en dehors des institutions étatiques et organisations affiliées ou pas, envisage de résister sans rompre avec la figure de Pétain et / ou l’Etat français que celui-ci incarne.

Tout au long de l’ouvrage, le lecteur suit des individus enchaînés intellectuellement à la figure du Maréchal. Alors que ce dernier s’enfonce dans la Collaboration, ceux-ci conservent à Pétain une forme de pureté en justifiant ses actes par un double jeu ou la mainmise de son entourage ou de Pierre Laval sur le pouvoir. Or, il n’y a aucun double jeu et Pétain dispute jusqu’au bout son pouvoir. L’historienne nous montre les multiples parcours des vichysto-résistants. Certains rompent plus ou moins tard avec Vichy et s’engagent dans la Résistance, tout en approuvant les mesures réactionnaires et / ou antisémites de la Révolution nationale. D’autres, la majorité de l’armée d’armistice, que ce soit en zone libre ou en Afrique du Nord, s’imaginent préparer une Revanche sur le modèle de la Prusse durant les guerres napoléoniennes. Les développements sur le retour dans la guerre de l’Armée d’Afrique, sous la houlette de l’amiral Darlan puis du général Giraud, nous montrent qu’il a existé une possibilité de voir De Gaulle être définitivement évincé et voir la France finir certes vainqueur de la Seconde Guerre mondiale mais sous un régime de Révolution nationale. L’assassinat de Darlan et l’incompétence politique de Giraud (qui illustre bien d’ailleurs l’impasse de l’apolitisme) permettent in fine aux gaullistes de reprendre la main. Il est même possible d’imaginer les conséquences d’un passage de Pétain en Afrique du Nord en novembre 1942. Massivement maréchaliste, l’armée d’Afrique aurait probablement refusé de rallier qui que ce soit d’autres. Enfin, d’autres encore, malgré leur rejet de l’Occupation, leur conviction qu’il faut libérer la France, ne parviennent pas à rompre : « le drame des maréchalistes se répétait dans cet ultime épisode, quand obéir à Pétain, c’était encore et toujours retenir le geste le plus élémentaire de défense » écrit Bénédicte Vergez-Chaignon.

Bénédicte Vergez-Chaignon offre à ses lecteurs un magnifique ouvrage sur un sujet complexe. Elle ne se contente pas de définir le terme et présenter les faits et gestes des vichysto-résistants. Tout son propos, clair malgré sa densité, explore ce qu’est résister et l’installation de la mémoire de la Résistance, la manière dont celle-ci se construit dans les décennies qui suivent la Seconde Guerre mondiale. La Libération et l’épuration, la guerre d’Algérie, le retour au pouvoir de De Gaulle en 1958, le cas Mitterrand illustrent la friction permanente qui traverse la mémoire de la Résistance et ce qu’elle peut légitimer ou pas. Enfin, comme le montre l’affaire Loustaunau-Lacau (non évoquée dans l’ouvrage car postérieure à sa parution), le sujet est loin d’accueillir les poussières de l’Histoire. Une remarquable lecture.

Août 2026

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