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Mes lectures sur la Guerre de Succession d’Espagne m’ont rendu familier de figures telles que Villars, Vendôme, Marlborough, le prince Eugène et dans une moindre mesure de Boufflers, Villeroy ou Tallard. Il reste pourtant un nom bien connu, coincé entre Turenne et Condé d’un côté, Villars de l’autre : le maréchal de Luxembourg. Sa réputation militaire est élevée. Une nouvelle lecture m’a permis de corriger cette lacune : le Maréchal de Luxembourg et le commandement des armées sous Louis XIV, de Bertrand Fonck.
Qui est le maréchal de Luxembourg ? Descendant de la prestigieuse famille des Montmorency, fils d’un père exécuté avant sa naissance, François, comte de Bouteville vient au monde en 1628. Il meurt au pinacle de sa gloire en 1695, quelques années avant la douloureuse Guerre de Succession d’Espagne. Entretemps, Bouteville, devenu duc de Luxembourg par un fructueux mariage, entame une carrière militaire dans la suite du Grand Condé. Il le suit, pour le meilleur et le pire, durant la Fronde et son exil espagnol. Revenu avec son maître au service de Louis XIV, il accède au maréchalat, manque de peu la disgrâce définitive dans l’Affaire des Poisons et reprend du service dans les Flandres durant la Guerre de Neuf Ans. Il y remporte plusieurs succès sur le champ de bataille (Steinkerque, Fleurus, Neerwinden) et gagne le surnom de Tapissier de Notre-Dame, en référence aux drapeaux et étendards ramenés de ses victoires. Ce résumé sommaire et incomplet laisse entrevoir ce que fut le parcours exceptionnel de cet homme.
C’est à ce parcours que s’intéresse Bertrand Fonck dans ce copieux ouvrage (près de 590 pages hors notes et sources) tiré de sa thèse. Comme le montre le titre, l’auteur ne s’intéresse pas seulement à Luxembourg en tant qu’en individu. Celui-ci, maréchal de France et commandant d’armée de premier plan, s’avère être un cas d’étude complet de ce qu’est un officier général sous le règne de Louis XIV, c’est-à-dire non seulement un chef militaire mais également un courtisan. Les deux statuts sont indissociables : un officier ne peut espérer accéder au sommet sans disposer d’un patronage (Condé), d’un réseau et d’un accès privilégié au roi (concrétisé chez Luxembourg par sa charge de capitaine des gardes du corps). Cette citation extraite du livre de Bertrand Fonck est éloquente : « général courtisan, Luxembourg le fut par bien des aspects, mais il ne fut pas un courtisan aux armées, au sens où c’est sa carrière d’homme de guerre et d’officier général qui le rapproche du pouvoir, lui permettant d’occuper les plus hautes charges dans la domesticité et l’entourage du roi. »
L’ouvrage se divise en deux parties : une première consacrée à la vie et au parcours de Luxembourg, l’autre se focalise sur sa pratique du métier des armes. Toutefois, tiré d’une thèse, le livre en possède les défauts de ses qualités, c’est-à-dire un propos très fouillé, très précis et référencé, dont la lecture peut être parfois rébarbative pour un lecteur « grand public ». Bertrand Fonck a réalisé un travail de recherche approfondi qui lui permet de citer de nombreux extraits de correspondance, mémoires ou autres sources d’époque. Le choix de conserver l’orthographe du Français d’époque (ce qui nous montre par ailleurs le caractère évolutif de la langue française) casse le rythme de lecture du lecteur, complique son appropriation du propos. Tout cela s’entend parfaitement pour une thèse, un ouvrage destiné à porter la connaissance auprès du grand public aurait mérité d’avoir quelques angles arrondis.
Tout ce ne nuit pas au fond du propos. L’ensemble est solide et constitue une biographie de référence sur un chef militaire d’envergure, plus ou moins oublié des mémoires françaises, à tort comme le montre Bertrand Fonck. A travers la figure du maréchal de Luxembourg, militaire, aristocrate, courtisan, l’auteur nous démontre une nouvelle, à l’instar d’historiens tels que Clément Oury ou Fadi El Hage l’objet d’étude passionnant que constitue le Grand Siècle.
Septembre 2026
En complément, cette liste de lecture : le Grand Siècle et les Lumières