Le Sabordage de la Noblesse, de Fadi El Hage

Publié le par hogass_1864

Édité par une nouvelle maison d’édition historique, Passés composés, le Sabordage de la Noblesse, de Fadi El Hage (historien spécialiste du XVIIIe siècle, auteur d’une Histoire des Maréchaux de France à l’Epoque moderne, mais aussi d’un Napoléon historien, actuellement sur ma pile à lire), attendait depuis quelques mois sur mes étagères que je le lise. Sa sortie a été l’occasion d’une pause parmi mes lectures napoléoniennes. 

En 200 pages, Fadi El Hage brosse le portrait d’une noblesse en déliquescence. Entre la mort de Louis XIV en 1715 et la Révolution française en 1789, cet ordre perd progressivement son prestige et sa crédibilité au sein de la société française. Par quel processus ? Quel cheminement a suivi cette lente mais inexorable déchéance ? Ce sont les questions auxquelles répond l’auteur dans son ouvrage.

La clarté du propos et du style rend la lecture limpide. Deux jours à peine m’ont suffi pour dévorer et terminer le Sabordage de la Noblesse. Les chapitres se succèdent de manière fluide. Des années qui suivent la mort du Roi-Soleil au crépuscule de l’Ancien Régime moins d’un siècle plus tard, Fadi El Hage nous fait naviguer au milieu de cet univers déconnecté de la société française. L’ouvrage est rempli d’exemples qui illustrent le pouvoir (je me suis régalé par exemple à lire les intrigues du comte de Maillebois, candidat malheureux au maréchalat). 

Lorsque débute le règne de Louis XV, la noblesse semble chercher sa place. Mise à l’écart du pouvoir par Louis XIV, elle exerce difficilement sa fonction militaire. Irrésistiblement attirés par la dignité de maréchal de France (qui connaît depuis Louis XIV une inflation du nombre de titulaires), les généraux n’hésitent pas à se nuire mutuellement par ambition, au prix du succès des armes de la France. A l’inverse de sa voisine britannique, elle investit de manière bancale le champ de la finance et du commerce, si ce n’est par le biais de prêtes-noms. Des affaires d’immoralité entachent le prestige de grandes familles. Le roi lui-même voit son étoile pâlir. Plus soucieux de se ménager une vie privée que son arrière-grand-père, Louis XV n’est plus dans la représentation permanente de sa personne, tout comme son successeur Louis XVI. La sacralisation du roi, et par extension de son pouvoir, prend un coup. 

En parallèle se développent les Lumières et leurs réseaux littéraires qui démultiplient la portée des scandales et leurs atteintes sur la réputation de la noblesse. La vertu cesse progressivement d’être la manifestation du courage sur le champ de bataille pour entrer dans le champ moral. Touchée par des affaires d’immoralité, la noblesse semble irrémédiablement touchée par le vice. Formant un groupe cloisonné du reste de la société française, dont une partie aspire à une plus grande ascension, la noblesse est devenue un ordre décadent et privilégié, un facteur bloquant de la société plus que son moteur. Contestant d’une part le pouvoir royal, la noblesse s’oppose d’autre part aux réformes. Incapable de secouer sa léthargie, la noblesse finit par perdre pied face au Tiers-Etat. Les privilèges sont abolis tandis que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclame les hommes libres et égaux en droits dès la naissance. Les vannes de l’ascension sociale par le mérite s’ouvrent. Intéressante question posée par Fadi El Hage dans la conclusion : l’adhésion de députés de la noblesse à l’abolition des privilèges est-elle un mouvement initié pour remettre dans le jeu une noblesse figée dans ses acquis? Le torrent révolutionnaire finit par emporter la noblesse. De ses cendres émerge un nouvel homme fort, Napoléon Bonaparte, lui-même issu de la petite noblesse. 


Septembre 2019. 

Publié dans Histoire

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M
Je ne pense pas que je vais le lire
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