Meade at Gettysburg, a Study in Command, de Kent Masterson Brown

Publié le par hogass_1864


De ce côté de l’Atlantique, la bataille de Gettysburg (1er au 3 juillet 1863) est probablement la plus emblématique de la Guerre de Sécession. Si son aspect décisif est très discutable, elle n’en fut pas moins une bataille livrée avec acharnement : en trois jours, près de 50 000 hommes furent mis hors de combat. Les épisodes spectaculaires (la charge de Pickett, la défense de Little Round Top et tant d’autres) se succédèrent. Sur le plan politique, le champ de bataille fut quelques mois plus tard le théâtre d’un des discours les plus beaux et plus célèbres d’Abraham Lincoln. Sur le plan historiographique, maints livres ont été écrits sur Gettysburg. Le caractère dramatique de cette bataille lui valut d’être portée à l’écran en 1993 dans le film Gettysburg, adapté du roman Killer Angels, de Michael Shaara. Pour un homme, la bataille de Gettysburg fut indiscutablement un défi d’ampleur considérable. Placé à la tête de l’Armée du Potomac (nordiste) quelques jours à peine avant la bataille, le major général George Gordon Meade surmonta ce défi en étant le premier général du Nord à triompher nettement de Lee. C’est à lui que s’intéresse tout particulièrement cet ouvrage : Meade at Gettysburg, a Study in Command, de Kent Masterson Brown. Le livre, en anglais, intéressera plutôt les passionnés de la Guerre de Sécession, déjà dotés de solides bases sur ce conflit.

J’évoquais plus haut le défi que constituait la bataille pour Meade. Il est évident qu’elle le fut également pour chaque combattant plongé dans le chaos de la bataille en juillet 1863. Du point de vue de Meade, la responsabilité réside dans la responsabilité écrasante qu’il porte sur ses épaules. Alors que le Nord est envahi par l’armée confédérée, ce général est du jour au lendemain mis aux commandes de la principale armée fédérale, chargée de défendre Washington face à l’invasion rebelle. Or, jusqu’à présent, jamais Lee n’a été vaincu nettement sur le champ de bataille. Et voilà que Meade est nommé commandant de l’Armée du Potomac, forte de 100 000 hommes, et à ce titre responsable de l’issue du combat. Quiconque a un jour été chef imaginera sans peine la solitude écrasante qu’il devait ressentir. Les extraits de lettres à son épouse laissent entrevoir le poids de cette responsabilité.

Ce récit de la campagne à travers la perspective du chef m’intéresse au plus point. Il ne s’agit pas de ma première lecture sur Gettysburg (mais les autres, récits plus génériques de la bataille, remontent et je me suis senti parfois rouillé sur les références ou les faits). J’étais donc particulièrement content de pouvoir approfondir ma vision de la bataille (et des jours la précédant puis lui succédant) par ce prisme du commandement. Cette perspective est passionnante : quelles étaient les conditions de prise de décision du chef ? De nombreux facteurs influent sur celles-ci. Formation, culture tactique, renseignements, forces à disposition, logistique, relations avec les subordonnés, etc. Tous ces éléments se croisent, se bousculent pour conduire à Meade aux décisions qui donnèrent la victoire au Nord.

Meade at Gettysburg, a Study in Command, de Kent Masterson Brown suit donc Meade pas à pas durant l’ensemble de la campagne de Gettysburg (de sa nomination fin juin jusqu’à mi-juillet). Les jours suivant la bataille de Gettysburg sont importants : s’il fut vainqueur face à Lee, Meade conserve une réputation de général trop prudent, faisant notamment preuve de pusillanimité durant la poursuite de l’armée confédérée. L’ouvrage montre au contraire que Meade fit preuve d’un jugement sûr durant la campagne, remportant la bataille grâce à des décisions justes. L’auteur brosse les facteurs évoqués plus haut pour conclure que Meade fit à Gettysburg une très bonne performance tactique et opérationnelle. J’ai particulièrement apprécié l’accent mis par Kent Masterson Brown sur l’aspect logistique, qui influa considérablement sur la réflexion opérationnelle de Meade. Une armée n’est rien sans une logistique efficace. En juillet 1863, celle de l’Armée du Potomac est poussée à ses extrêmes limites et la pusillanimité de Meade n’est en réalité que le constat lucide de ces limites.

Meade at Gettysburg, a Study in Command, de Kent Masterson Brown, cherche ainsi à redonner au général nordiste le crédit dont il fut privé. Son livre se montre convaincant dans la démarche et j’en ai apprécié la lecture. Le livre, dont les bornes spatio-temporelles se limitent à une courte campagne, atteint toutefois à mon sens un plafond en ce qui concerne l’étude de Meade comme général, qui ne peut réellement s’apprécier que sur le temps long, c’est-à-dire en incluant les deux prochaines années du conflit, riches en événements.

Janvier 2022

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article